lundi 26 octobre 2009

Obama fait sa Nadine Morano

Le politiquement correct n'est plus de mise, nous assistons à un recentrage global sur la morale en Occident. Par l'intermédiaire du représentant de la FCC, nommé par Barack Hussein Obama, le gouvernement américain s'intéresse à la protection de leurs enfants en ligne.

Nous ne connaissons pas encore le contenu concret des propositions, mais une enquête et le débat sont lancés sur les points qui suivent.
Comme toujours le contenu sexuel et violent en ligne, dans les jeux vidéos et à la télévision.
Mais une extension novatrice du sujet sur l'impact de la publicité sur la jeunesse à travers les gadgets et jeux gratuits en ligne, qui servent à renforcer les marques dans les esprits, que l'on retrouve grâce au Web aussi bien sur les PC que les smartphones et prochainement sur les tablettes connectées.

Nous ne pouvons que constater une convergence gouvernementale sur la moralisation des comportements publicitaires en ligne ; récemment la FTC (Federal Trade Commission) s'intéresse à passer une réglementation qui demande la transparence sur les liens établis entre un blog et une marque d'entreprise, surtout lorsqu'un produit de cette entreprise fait l'objet d'une revue en ligne par ce blog.

Que ce soit en France (Nadine Morano), en Europe et aux Etats-Unis, toute une réflexion sur un appareillage moralisateur sur les comportements admis que devraient véhiculer les médias d'Internet, est en train d'apparaître.
Les sociétés occidentales deviennent de plus en plus perméables à un lobbying sociologique qui ne demande l'avis de personne, mais qui semble vouloir s'imposer dans un schéma top-down par conviction du politique.

en référence à : Post Tech - Government wades into digital parenting anxieties (afficher sur Google Sidewiki)

samedi 24 octobre 2009

Nicolas Vanbremeersch sur le Web politico-social

Oui, on va rire, surtout lors de la prochaine crise financière - que l'on espère le plus tard possible - c'est sûrement pour cela qu'on en parlera dans les relais de l'information. La plaisanterie est reine...

Marier le ressentiment et les confettis, montre une disposition de l'esprit particulière que l'on pourrait nommer, non le politiquement correct, mais le juste retour de la morale et de la censure dans l'opinion quotidienne.
S'offusquer de manière potache dans les cafétérias des Ecoles, des Universités pour se convaincre d'un affranchissement de son statut de serf républicain, puisque les règles du jeu sont abolies pour tout un chacun, notamment sur le népotisme. Et que l'on sait qu'on est prêt à l'humiliation discrète d'un piston parce que la société est dure.
A se croire malin, on en est pas moins idiot de favoriser la société dans ses bas instincts, de croire qu'on fait œuvre humanitaire en critiquant ce qui exacerbe la souffrance, plutôt que de se confronter silencieusement à cette souffrance que l'on évite comme la pire des maladies contagieuses.
C'est encore une fois le ventre qui parle, et je note qu'il faut donc que le politique apprenne à mettre les ventres rieurs de son côté. Beau projet que voilà, où la coalition des cours d'école l'emporte nécessairement sur les fragiles solidarités adultes.

en référence à :
"Ceci dit, bien des acteurs politiques feraient bien d'en prendre de la graine: dans un monde où l'économie de l'attention est clé, il faut apprendre à mettre les rieurs de son côté, c'est un levier fantastique pour amener à soi les masses picoreuses de l'Internet."
- Le web, moteur de l'affaire Jean Sarkozy | slate (afficher sur Google Sidewiki)

vendredi 23 octobre 2009

McCain dépose un projet de loi pour interdire toute régulation d'Internet par la FCC

Difficile de dire si cette motion a une chance de passer ou non au Congrès. Les démocrates ont la majorité, mais ce sujet est trans-courant puisque 70 élus démocrates ont déjà critiqué l'initiative de la FCC. C'est encore une forme de pression comme une autre.

Pendant ce temps, la FCC, sous l'effet des campagnes successives des industriels, a ouvert une période de 120 jours de négociation sur le texte final de son projet de régulation en faveur d'un Internet ouvert.
Les opérateurs ont reconnu qu'ils ont déjà obtenu ce jeudi une partie de ce qu'ils désiraient, c'est à dire des droits étendus sur la gestion de leur réseau en échange de la transparence requise vis à vis de l'utilisateur.
Il ne faut pas oublier que l'Internet étant une association de réseaux sous les mêmes standards technologiques, il est difficile de justifier l'existence d'une emprise tutélaire des Etats sur ceux-ci au-delà de règles flexibles de bonne conduite et de transparence.

Cependant, Julian Genachowski, président de la FCC, n'a pas faibli sur son revirement récent qui consiste à n'inclure dans la régulation que les opérateurs.
Même si le raisonnement est ici faux techniquement, car les fournisseurs de logiciels et de contenus pourront tout autant produire des actions qui portent atteinte à l'ouverture et la neutralité du réseau, on ne peut pas lui reprocher d'avoir plus de difficultés à mettre en situation de responsabilité les véritables géants actuels de l'informatique, Google, Microsoft, etc.
Mr Genachowski ne pourra avancer dans sa tâche que s'il sait se ménager assez de soutiens industriels qui lui éviteront d'avoir à essuyer un veto du Congrès.

en référence à : McCain Bill Would Ban FCC Internet Regulations - Reviews by PC Magazine (afficher sur Google Sidewiki)

Le Web social sortira des clouds pour se centrer sur l'utilisateur ?

La tendance actuelle des nouveautés au niveau du Web Social ou plus exactement de l'économie de l'attention et de l'accès en ligne, est au dégagement du Data Cloud ou à une certaine forme de décentralisation des données.

L'architecture GoogleWave prenant pour base un modèle distribué sous la forme du set de protocoles XMPP, les Laboratoires Mozilla (à l'origine du navigateur Firefox) introduisent Raindrop.
Raindrop est un projet qui a pour mission d'offrir une interface capable de collecter et d'utiliser toutes les données en provenance de vos messageries ou applications sociales.
Pour ne pas s'y perdre, un mécanisme interne permet d'auto-organiser ou d'établir des priorités dans la présentation des conversations.
Dernière facette, qui donne tout le sel à cette expérience, la possibilité pour l'utilisateur de laisser ses informations en ligne ou de les conserver chez lui en local.

A suivre donc, deux tendances se profilent dans ces nouveaux modèles :
  • La première est que les conversations quittent l'affichage sur le Web, seront centrées sur l'utilisateur (ce qui clôt définitivement le chapître de dissémination de l'information et du commentaire sur l'Internet, ce n'est ni l'exposition, ni la publicité qui ordonnent mais bien la personne, l'individu) ; 
  • Secondement, le choix est offert de pouvoir contrôler et rester maître de ses données.
 en référence à : Mozilla Labs » Raindrop (afficher sur Google Sidewiki)

jeudi 22 octobre 2009

Des grognements sur Twitter

Les hommes politiques d'aujourd'hui, ou les penseurs qui sont encore soumis à une forme de nostalgie, voudraient inviter la société à plus de circonspection, aux médias de réfléchir, pourtant... pourtant l'utilisation primale de Twitter, célébrée par les professions des médias classiques, serait un "publie d'abord" et "réfléchis ensuite". 

Le réflexe Twitter, pour le moment, n'est peut-être qu'une faute d'apprentissage des nouvelles technologies.
Cette pente de facilité, que je pense temporaire, est à rapprocher de l'anecdote que raconte Eben Moglen ; cet esprit brillant venait dans les années 1970 d'une informatique du clavier, de l'écrit et du langage, de la Culture donc,  lorsqu'il a vu les premiers dispositifs de pointage chez Apple, pillés à Xerox, et appelés souris, il s'est mis à frémir devant cette humanité "point and click" ou plutôt "point and grunt" - pointe et grogne.
Ce grognement répété comme une mantra extatique, c'est aussi celui du buzz, du meme, du Tweet et du Re-Tweet, qui me font penser aux belles parties de belote contrat de mon enfance où l'on claquait la carte sur le tapis, "belotte et re-belotte et dix de der !", pour un bénéfice qui ne se traduisait pas pour autant par la gagne de la manche, mais... "Dieu que c'était bon..."

Alors, oui, de plus en plus de choses sont visibles, ce n'est pas pour autant qu'elles éclairent. Et dans ces contextes d'informations lampions, nous nous satisfaisons bien plus par l'instinct de récompense que nous nous offrons de réels repas de connaissances. Dès le bruit de la clochette, il suffit de baver...

Google et Verizon font déclaration commune sur la neutralité du Net

La FCC (Commission Fédérale Américaine équivalent de l'ARCEP pour la France) récolte les fruits de la récente ouverture à la société civile de son processus de décision concernant la réglementation pour un Internet ouvert.
Deux adversaires sur le sujet de cette réglementation : Verizon et Google font une déclaration commune et préfèrent participer, influer sur ce débat, en exposant leurs accords plutôt que leurs désaccords.


Assailli récemment par des lobbying contradictoires en provenance de tous les acteurs de l'Internet et de politiques, Julian Genachowski, président de la FCC, a décidé de changer sa manière de procéder pour aboutir à une réglementation permettant de maintenir un Internet ouvert.
Un processus de décision désormais transparent, qui tiendra compte des avis du public ainsi que des professionnels du secteur - rappelons que la première levée de boucliers avait été déclenché par le caractère secret des délibérations et des travaux de la FCC sur ce projet de réglementation.

Google et Verizon, acteurs adversaires de part leur positionnement industriel, décident de s'engouffrer par surprise dans cette brèche en mettant au clair dans une déclaration commune leurs idées partagées, notamment sur ce qu'ils croient nécessaires pour la neutralité du réseau.

Très intéressant est le cinquième point de cette déclaration, qui insiste sur une flexibilité à accorder aux fournisseurs d'accès dans la gestion de leur réseau. Notamment sur des cas tels que la congestion du réseau par le trafic et la lutte contre le spam, les "malware" et les "DoS attacks". La limite de cette flexibilité étant l'atteinte portée aux utilisateurs ou à la compétition, qui ne doit pas aller au-delà du raisonnable. Soit une conception très tolérante et positive du respect de la neutralité.

Il n'est plus question que la FCC décide seule de ce que devrait recouvrir le principe de neutralité du Net, car nous sommes dans une culture profondément démocratique qui, lorsque des affrontements potentiels se déclarent, sait procéder par consultation et au besoin est capable de progresser au cas par cas. Cette négociation, qui a pour objectif l'établissement d'une réglementation fédérale, semble prendre le chemin d'un compromis industriel qui sans aucun doute intégrera des éléments du principe de neutralité, mais à l'évidence, sa version en tenue de combat idéologique semble, pour l'instant, écartée.

en référence à : Google Public Policy Blog: Finding common ground on an open Internet (afficher sur Google Sidewiki)

mardi 20 octobre 2009

Neutralité du Net : le principe évolue sous la pression

Sur le site du Washington Post, le blog Post Tech alimenté par Cecilia Kang effectue un remarquable suivi de la tempête d'influences qui accompagne la décision de Julian Genachowski, responsable de la FCC (l'équivalent fédéral américain de l'ARCEP, anciennement ART, en France), de proposer un règlement fédéral basé sur les principes d'un Internet ouvert et de Neutralité du Net.

Dans ma note précédente, je relayais un fait présent dans pratiquement tous les journaux américains, la récente levée de bouclier du métier de la connexion ainsi que de lobbyistes et de parlementaires démocrates et républicains, concernant ce règlement que souhaite mettre en place la FCC.

J'ai reçu une grosse critique du rédacteur de ReadWriteWeb.fr concernant le relais de cette information, puisque je ne qualifiais pas cette tentative comme un lobbyisme éhonté provenant d'opérateurs puissants, qui serait orienté contre le bien des utilisateurs. J'avais pourtant parlé dans des notes précédentes, de la possibilité offerte de pratiques anti-concurrentielles, notamment à propos d'une technologie en cours d'évaluation : la DPI ou Deep Packet Inspection.
Apparemment, il existe des faits, qui deviennent dangereux à exposer sans le nécessaire appareillage explicatif et normatif pour le lecteur, ce dernier pourtant sur le Web, en faisant sa propre recherche dans les médias d'outre-Atlantique, pourrait arriver de lui-même à sa conclusion partisane que je n'ai pas à encourager. Ce que j'encourage, au contraire, en laissant des liens,  c'est pour celle ou celui qui le souhaite de commencer à faire son propre chemin.

Cecilia Kang, elle, propose une explication intéressante à ce mouvement qui vise à influencer la FCC, le refus d'un règlement de la FCC qui s'appliquerait exclusivement aux opérateurs réseau.

"And a common refrain has emerged among the protests. Companies, trade groups and a lawmaker appear to object to details in the proposal that would clearly make the new rules apply only to Internet service providers."

La source se situerait dans des fuites en provenance de l'intérieur et de l'extérieur de cet organisme : Julian Genachowski s'apprêterait à modifier les termes du brouillon originel qu'il avait proposé au début de son initiative, en revenant sur un article, déséquilibrant ainsi les termes de sa définition de la neutralité du Net en faveur des Fabricants de logiciels contre les Opérateurs Internet.

Passant de :

"To encourage broadband deployment and preserve and promote the open and interconnected nature of the public Internet, consumers are entitled to competition among network providers, application and service providers, and content providers."

un article qui mettait sur le même pied d'observance, en ce qui concerne la libre compétition, les fabricants d'applications ou de logiciels, les fournisseurs de contenus et les opérateurs réseau, à une autre formulation, effaçant donc la précédente, qui est d'interdire toute tentative de discrimination de la part des opérateurs réseau sur les applications, services Web et contenus.

D'après Cecilia Kang, c'est cette tentative de réécriture, qui aurait déclenché la fureur de certains acteurs du réseau comme les opérateurs (AT&T, Verizon) et les fabricants de matériels (Cisco, Alcatel/Lucent). Et à juste titre, ces acteurs sachant très bien, comme tout observateur historique, comment, dans le passé de l'industrie des communications aux Etats-Unis, les décisions de la FCC se sont déjà retrouvées inopinément orientées pour le profit de quelques intérêts particuliers, ici Yahoo (Microsoft), Google et Amazon et d'autres qui par cette réécriture échappent à la surveillance des pratiques anti-concurrentielle.

A la vérité, ce changement n'est pas innocent, il a même sa logique, d'après les défenseurs les plus stricts du principe de neutralité du Net, le mal ne peut venir que des opérateurs.
Témoin la récente polémique qui oppose Google à AT&T sur la discrimination de l'offre téléphonique de Google au travers de son Application Google Voice. Stricto sensu, en s'appuyant sur le principe de neutralité, tel qu'il a toujours été défendu, et sur le simple fait que Google n'est pas un opérateur, il ne peut être accusé d'atteinte à ce principe, même si le résultat est l'exemple type de comportement que l'on voudrait voir disparaître.

Quoiqu'il en soit, ce chorus d'une profession entière a été immédiatement contré par une autre campagne, celle d'Amazon et Google, qui sont fournisseurs de contenus, mais aussi de Facebook et Twitter, ces derniers n'ayant pas encore de contenus multi-médias à proposer, mais sûrement d'autres gisements à défendre, telles les données marketing de leurs utilisateurs. Il ne serait bien sûr pas souhaitable pour ces derniers que s'ouvrent sur l'Internet une nouvelle forme de concurrence, que les opérateurs aient accès par observation et suivi de leurs utilisateurs à une part du marché de la publicité on-line.

Mais cette bataille n'avait pas révélé toutes ses surprises.
Voici la dernière, en date d'hier, lundi.
L'arrivée à la FCC d'une lettre de scientifiques pionniers de l'Internet et du Web, avec à leur tête, Vinton Cerf, le concepteur du TCP/IP et plus récemment, l'évangéliste Internet en chef de Google.
Sous la plume de ces sages, le concept de neutralité du Net prend un virage auquel ses défenseurs les plus radicaux n'avaient peut-être pas osé penser jusque là.

Deux portes sont désormais ouvertes par cette lettre :
  • Premièrement, sous l'objectif de la préservation de la vie privée, l'utilisation de protections contre les DoS ou autres schémas d'attaque n'est pas opposable par le "principe de neutralité";
  • Deuxièmement, contrairement au "mythe" la neutralité du Net ne demande pas à ce que tous les paquets de données soient traités à égalité, et qu'aucune forme de priorité ni d'usage de qualité de service ne soit mis en oeuvre, ni que des formules de service performant ne soient proposées à des prix supérieurs.
La caractéristique d'un réseau neutre se voit donc réduit principalement à l'interdiction de pratiques anti-concurrentielles.

Grande et bonne nouvelle, il ne reste plus de la part de la FCC qu'à redécouvrir que ces pratiques peuvent aussi venir d'autres acteurs qui ne sont pas forcément les opérateurs réseau, et on aura sûrement fait un grand pas dans l'équilibre des forces commerciales sur l'Internet aux Etats-Unis, même s'il faut bien le reconnaître, il y aura eu au passage un peu de piétinement de valeurs identifiées par certains comme sacrées.
Après-tout, "Paris vaut bien une messe."

samedi 17 octobre 2009

Campagne contre la position de la FCC sur la neutralité du Net aux Etats-Unis

La Commission Fédérale des Communications (FCC), après sa prise en charge de la Net Neutrality, est en train d'essuyer une campagne de courriers qui les submergent.
Un mélange d'acteurs et observateurs inquiets en est à l'origine : des FAI, des vendeurs d'équipement réseau, des compagnies de téléphonie mobile, des lobbyistes et des politiciens. Tous craignent que les dispositions prises par la FCC pour un Internet ouvert ne casse la reprise économique et freine le déploiement du très haut débit.
Il semble que la FCC aux Etats-Unis ne dispose pas, et depuis longtemps, d'un respect technologique suffisant de la part du métier, s'il s'agissait uniquement de discrimination de paquets à la connexion, l'affaire serait entendue, mais le sujet est plus vaste et complexe que cela.


Exemple de proposition de clarification : un groupe de 18 sénateurs républicains dont fait parti John McCain s'opposent à tout effort de restriction des FAI tant que ne seront pas produites des études de cas claires qui démontrent la nécessité d'une régulation.

Le débat sur la neutralité du Net semble en effet souffrir de manques de principes clairs, le terme est de définition fluctuante suivant les intérêts de chaque acteur. L'architecte même de l'Internet, Bob Kahn, trouve que ses défenseurs sont allés trop loin dans le slogan et ne se rendent pas compte qu'il sacrifient, sans même se poser des questions préalables, des zones possibles d'innovation du réseau pour le futur.

Cela paraît plus facile à dire qu'à faire, mais il ne semble y avoir que deux façons de procéder : soit l'Etat fédéral réunit les différents acteurs pour établir une plate-forme de compréhension commune, mais alors ce n'est plus à la FCC de décider seule, soit laisser faire le marché en abandonnant le contrôle des aspects nocifs à l'activisme civil (associations, entreprises, citoyens).

[Il faut cependant noter que les FAI et téléopérateurs américains ont beaucoup à se faire pardonner, et partent de très loin dans l'opinion avec un bilan d'accès au haut-débit assez calamiteux si on le comparait avec des pays comme la France.]


en référence à : FCC flooded with anti-net neut letters • The Register (afficher sur Google Sidewiki)

jeudi 15 octobre 2009

La Transparence ou le "Coca Light" technologique

Tim Wu
Le débat continue, à la suite de l'essai de Lawrence Lessig, sur le site du magazine The New Republic. Rappelons que Lessig en tant que juriste de renom, après s'être occupé de droit d'auteur, se concentre récemment sur la montée exponentielle des investissements du lobbying au Congrès américain, qui, d'après lui, s'est récemment transformé en véritable mécanisme de corruption officielle.

On a cru Lessig attaché à la croisade de la Sunlight Foundation et de sa co-fondatrice Ellen Miller, mais cela ne semble plus le cas, puisqu'il met en garde sur les modalités d'application et le zèle de ce mouvement pour la transparence (rendre public par le Web les données parlementaires et gouvernementales), qui risquent, si ce dernier n'est pas mieux pensé et accompagné, de transformer la démocratie en véritable champ de bataille, dressant les citoyens contre les élus et inversement.

Tim Wu, lui, pense que Lessig n'est pas allé assez loin, et qu'il a manqué le point essentiel de ce que l'on pouvait opposer au mouvement pour la Transparence et du Gouvernement 2.0.

Il signe un brillant article, empreint de pensée classique d'origine chinoise et sans complexe. S'inspirer de la tradition est toujours un pas majeur pour un technophile, car on aboutit généralement à un regard qui englobe l'humanité, plutôt qu'à une forme de reporting des sciences humaines qui souvent se noie dans un verre d'eau conceptuel.
Une vision que l'on rencontre rarement, mais qui n'est pas sotte, que la technologie n'est pas là pour remplacer la décision, qu'elle ne le peut pas. On rejoint un peu la pensée de Robert Kahn, l'architecte de l'Internet, lorsqu'il affirme qu'en matière de design de réseau les décisions importantes se partagent à 10% pour la technologie et le reste  appartenant à la politique.
Pour se placer définitivement parmi les hérétiques, on pourrait ajouter que ni les difficultés, ni les joies de l'être humain sont effacées par la pratique de l'Internet, mais que la vie réelle est toujours là en profondeur, et que le tragique ou la comédie de l'existence n'ont en aucun cas disparu et surtout pas dans la récente croute artificielle et mobile que l'on appelle Web social.

Tim Wu commence par qualifier de mythe de la civilisation américaine, que des contraintes externes imposées sur les pratiques politiciennes produiraient nécessairement du bon gouvernement. Que le politique serait à envisager comme une forme de chimie ou d'ingénierie, qu'il suffirait d'appliquer telle ou telle action extérieure sur une subtile mécanique pour en corriger des dysfonctionnements.
De fait, en ne manquant pas de citer Lao Tseu au passage, il constate exactement l'inverse : l'exercice d'une pression morale extérieure ne fait que produire un alibi de bon comportement ou une sorte de validation positive automatique de l'action du parlementaire ou du ministre, qui, en se conformant à ces procédures peut continuer d'exercer comme bon lui semble à l'abri de ce paravent.
Trop de transparence renforcerait la ruse initiale des acteurs, signe alors l'échec de ce qui est recherché par la Transparence, puisque les politiques finiront par s'esquiver derrière cette transparence pour ne pas avoir à rendre compte d'autre vertu que celle d'obéir et de se conformer à ce cadre exigé et mise en place par la société civile.
Cela encourage même au bout du compte à une forme de déresponsabilisation. L'apparence d'un passeport en règle n'a en effet jamais permis de détecter un terroriste

A l'évidence, être ou paraître conforme aux attentes du public est un point qui entretient certainement une confiance réciproque, mais en aucun cas ne permet de s'assurer de la compétence de l'élu, ni de sa vertu, ni de sa volonté d'améliorer le destin de ses électeurs, qualités qui appartiennent à la personne mais pas aux règlements et modèles comportementaux qu'on lui impose de l'extérieur.
Une analogie amusante est celle de la mode des années 80 du Coca Light (Diet Coke) ou des produits sans graisses (low or fat free) dans l'industrie alimentaire américaine, qui répondaient à un besoin puis à une ordonnance du public, mais en fait n'a pu que déplacer les problèmes de santé des personnes sans pour autant transformer l'américain moyen en homme mince et élégant.
La Transparence serait en fait le Coca Light politico-technologique d'aujourd'hui. Voici où en sont les illusions américaines, que de simples applications Web permettront de résoudre les habitudes de corruption entendues comme effets du lobbying intensif.
Tim Wu conclut assez justement que dans l'élection 2008, les américains ont choisi entre deux personnalités qui s'appuyaient sur le thème changement, et « qu'ils ont voté non pour des cures politiques à la mode, mais pour un type différent de leader.
En fin de compte, c'est peut-être la seule réforme qui fera une différence. C'est un changement, non sur ce que l'on connaît des personnes qui sont en charge du pouvoir, mais plutôt sur qui elles sont. »

Bien joué, Tim.

Photographie - Tim Wu - Wikimedia commons

mardi 13 octobre 2009

Transparence, Gouvernement 2.0 : les dangers de l'ivresse idéologique

Dans un essai publié vendredi dernier, Lawrence Lessig, prend ses distances avec le mouvement pour la Transparence et le Gouvernement 2.0, tel qu'il semble prendre le chemin, aujourd'hui.
« Like the decision to go to war in Iraq, transparency has become an unquestionable bipartisan value. »
« Comme la décision de faire la guerre à l'Irak, la Transparence est devenue une valeur bipartite qui ne supporte pas la contestation. »
De la part d'un juriste, les termes employés ne sont jamais innocents, et signale de la part de l'administration, du corps politique, ainsi que des associations de soutien à ce mouvement telles que la Sunlight Foundation, un aveuglement dangereux.

La nature idéologique de ce mouvement est caractérisée aussi par l'absence de critique dans sa pensée opérationnelle, car si la Transparence est prise au sens de Transparence nue, c'est à dire d'une transparence qui n'est pas accompagnée d'une réflexion politique orientant les résultats, alors dans la recherche du bien souhaité par l'exposition des données institutionnelles au travers des technologies de l'information, des catastrophes collatérales seront inévitablement déclenchées.
Autrement dit, la Transparence risque d'être la corde avec laquelle le système démocratique risque de se pendre.

Attention, il ne s'agit pas de la part de Lawrence Lessig d'un discours radical ; la radicalité est d'abord dans le messianisme orchestré dans la société autour de cette transparence et dont les média produisent le reflet optimal ; mais pas seulement, il y a aussi la radicalité des outils technologiques employés, en l'occurrence le réseau.
Lessig constate qu'à chaque libération d'une activité humaine sur le réseau Internet, il n'y a jamais eu de retour en arrière possible à l'état précédent. Une partie du contrôle sur cette activité est alors définitivement abandonné. Ce fut vrai pour les industries de la presse et de la musique, qui, même par refus de s'engager ne firent que retarder leur transformation forcée, au risque de leur disparition.

Et c'est l'analogie principale exposée, il n'existe que deux chemins possibles maintenant : soit les acteurs actuels du changement (corps administratif, politique, associatif) accompagnent intelligemment le mouvement de Transparence, soit ils continuent comme aujourd'hui à faire confiance dans la Transparence nue et le système démocratique se retrouvera dans le meilleur des cas obligé de subir des transformations brutales imprévues, au risque même, s'il refuse de se plier à cette violence, de sombrer.

Si l'on ne prend pas en compte les limites comportementales humaines en jeu permanent avec le réseau, et que l'on décide d'ouvrir les données parlementaires et gouvernementales uniquement parce que l'on croit absolument que l'ouverture est bonne en elle-même, au lieu d'atteindre l'objectif d'une surveillance citoyenne appropriée et souhaitée, on établira  des machines à créer de l'incompréhension, puis des mécaniques de ressentiment incontrôlables au sein de la société.

La lumière du soleil (sunlight) est le meilleur des désinfectants, telle est la devise que la Sunlight Foundation a empruntée à Louis Brandeis, et qui fait référence à l'effort de transparence pour « laisser passer les rayons du soleil » qui détruiraient définitivement la corruption au sein des organisations (messianisme américain typique), Lawrence Lessig note qu'il suffit de s'être aventuré dans un marécage pour constater que la lumière du soleil peut avoir une autre effet que celui d'un désinfectant.

dimanche 11 octobre 2009

Qu'est ce qu'un(e) politique ?


« I don't think that politicians are natural crooks. Most of them I think are actors, and actors are neither men nor women : actors belong to a third sex... Actors are actors, one aspect of it is the political game, but that kind of acting is not lying as long it refers to and reflects and exhausts the essential commonly held ideals of a culture. Those performances are part of our culture even though there are perfomances, even though some of the actors, themselves, may be cynical about their performance. »

« Je ne pense pas que les politiques soient des escrocs naturels. La plupart d'entre eux je pense sont des acteurs, et les acteurs ne sont ni homme ni femme : les acteurs appartiennent à un troisième sexe... les acteurs sont des acteurs, un des aspects de leur nature est le jeu politique, mais cette sorte de jeu d'acteur n'est pas un mensonge aussi longtemps qu'il se réfère à, reflète et épuise les idéaux essentiels communément admis d'une culture. Ces performances font parties de notre culture, même si, elles sont un jeu, même si, certains des acteurs, eux-mêmes, peuvent être cyniques à propos de leur performance. »

Orson Welles
Interview à la BBC 1974

Photo par Carl Van Vechten - Orson Welles, 1er Mars, 1937

mercredi 7 octobre 2009

Les limites d'Apple

D'après un rapport de Gartner, Android devrait dépasser la plate-forme de l'iPhone vers 2012, prenant autour de 14% du marché global tout en restant loin de la plate-forme Symbian de Nokia, du à la grande présence de ses portables.

Cela devrait inciter Apple à switcher le plus vite possible sur une tablette, où l'attend un Chrome OS qui reproduira le même type de concurrence, produit ouvert contre produit fermé et propriétaire.
De toute façon, Google y sera encore le mieux placé pour le moyen et long terme, car ses capacités d'informatique dans les nuages et son expertise logicielle lui permettront d'être présent partout grâce au cheval de Troie que constitue la présence obligée d'un navigateur.

Il manque à Apple pour pouvoir exister autrement que sur le Hardware dans cette séquence, d'établir une offre ouverte, et donc de montrer la capacité d'une prise de risque globale, culturellement compliquée pour une entreprise à l'esprit de niche.

en référence à : Five reasons Google Android smartphones will beat iPhone, BlackBerry, WinMo | The Toybox | ZDNet.com (afficher sur Google Sidewiki)

[Edit - 10/10/2009 03:00] Et la course est commencée, le dernier outil de recherche sur Google Android, appelé QSB ou Quick Search Box, dépasse celui présent sur l'iPhone. Plus le téléphone mobile va évoluer vers une plate-forme Web, plus Apple va avoir de problèmes dans une offre compétitive, car les technologies Internet n'ont jamais été leur point fort.

mardi 6 octobre 2009

Activisme de la transparence démocratique

Un jeune homme de 22 ans, Aaron Swartz a amassé des millions de documents juridiques publics, jugements et minutes de cours fédérales, pour les stocker dans un "nuage de données" (data cloud) d'Amazon.
Il n'exploita pas ces documents à des fins pécuniaires, au contraire il offrit ces 19.858.160 pages à public.resource.org, bases de données issues d'une initiative en faveur d'un gouvernement "ouvert" (Open Government).

Grâce à un plugin nommé RECAP (inverse de PACER, l'interface payante de consultation de ces registres juridiques) qui fonctionne en extension du navigateur Firefox, les américains ont à présent un accès gratuit à ces millions de pages, et peuvent même en effectuant une donation redistribuer en direction des institutions judiciaires.

Evidemment, le FBI a enquêté et mis fins aux agissements d'Aaron Swartz.
Il s'agit là réellement d'un exploit "d'hacktivisme" du au langage employé, le Perl, véritable COBOL de l'Internet, et à la simplicité de l'approche.

Cette nouvelle pose la question suivante : la permission n'étant plus demandée pour l'extraction de données publiques, l'efficacité et la simplicité ici démontrée (encore à prouver quand même pour nosdeputes.fr) dans la collecte et l'accès aux données pour tout et un chacun, comment l'Etat pourra se passer à terme de l'apport providentiel de ses actions qui resserreront les liens avec la société civile ?
Comme pour le privé, le public commence à se trouver sous la pression directement concurrentielle du réseau.

en référence à : FBI Investigated Coder for Liberating Paywalled Court Records | Threat Level | Wired.com (afficher sur Google Sidewiki)

Persistance des mensonges 1.0 de l'informatique : Vivek Kundra's Fail

Un jeune homme de 35 ans, Gen X qui, paraît-il, impressionne, possède une Web litteracy prodigieuse et sait étourdir un auditoire d'experts. Vivek Kundra, DSI (CIO) de la récente administration américaine, et officiellement investi de la mission de rendre le nécessaire Web des données, possible au niveau du gouvernement.
Un engagement, celui de la transparence et de la gouvernance 2.0, qui allume les têtes brûlées de l'évangélisme technologique d'aujourd'hui, Tim O'Reilly, Jeff Jarvis et d'autres, qui entraîne et aiguise l'appétit des grosses entreprises informatiques américaines.
Ce qui a signifié un immense soutien médiatique au niveau des effets d'annonce, mais aussi d'une information positive qui s'est transformée en un matelas confortable d'illusions dans une presse tellement acquise à la nouveauté qu'elle ne sut pas procéder au plus élémentaire travail de vérification.
Force est de constater que le résultat est donc au-dessous des attentes, surévalué et très faible au niveau métier et technologie du Web 2.0.
Il est dommage, quand même, que les "blogueurs geeks", par illumination ou sympathie politique, aient pu signer massivement et avec ferveur, chacun dans leur coin, un chèque en blanc sur cette initiative.


Le site data.gov fut modestement critiqué, pas la peine de revenir dessus. Cela se traduit dans la réalité par le fait qu'en terme de profondeur de contenu, de technologie et de présentation, il n'a pas satisfait les promesses qu'on pouvait attendre de son installation. Pour l'instant, la fondation Sunlight est en train de brainstormer ses équipes pour pouvoir améliorer l'entreprise, tout du moins extraire un projet plus prometteur de cette mauvaise mouture.
Ce qui est normal, cet organisme a engagé sa crédibilité personnelle sur un concours d'idées d'application permettant de tirer profit des données mises à disposition par data.gov.
Face à la déconvenue provoquée par l'actuel data.gov, lls se sont donc chargés du travail qu'aurait du lancer en interne Vivek Kundra responsable en dernier recours, en tant que DSI, sur un projet a haute valeur symbolique et stratégique pour le Président et son administration. Il est heureux qu'il puisse disposer de citoyens aussi attachés à transformer en réalité ce qu'il affirme par mots et discours, sans qu'il ait à lever le petit doigt.

Suivent deux articles, à un mois de distance, d'un homme du métier, Seth Grimes qui s'est épris de vérification de deux autre sites "transparents" cités en exemple dans les médias.

Le premier cas est USApending.gov, site chargé de tracer et de rendre compte des dépenses fédérales. Voici les constats de Seth :
L'outil utilisé pour la représentation en camembert de données fut mal maîtrisé, ce qui fait que les représentations symboliques au niveau des proportions ne correspondaient pas aux chiffres affichés. Les schémas étaient donc tout simplement faux, bien que reproduits dans la presse comme preuve de quelque chose avait changé dans le monde de la politique en ligne.
La difficulté pour des sites censés représenter un effort du fameux Gouvernement 2.0, de pouvoir effectuer en tant que citoyen un retour sur expérience ou d'être mis en contact pour signaler un défaut.
Seth Grimes a employé quatre méthodes pour tenter de se faire entendre sur les défauts remarqués :
  • utiliser le formulaire de feedback du site, aucune réponse; 
  • souscrire à la liste de diffusion du forum USA Spending public, pas d'inscription en retour de l'administrateur de la liste; 
  • poster une remarque sur le Wiki du projet, remarquee ignorée;
  • enfin tenter de s'adresser au blog projet de Vivek Kundra, mais qui ne possède hélas pas de fonctionnalités de commentaires, ce qui est un comble pour un défenseur affiché du Web 2.0.
Evidemment, ce fut la publication en ligne de l'article de Seth Grimes qui permit de débloquer la situation et de commencer à pouvoir obtenir des contacts. Notamment, avec le concours du site que l'on ne présente plus pour effectuer une veille technologique sur les US, Slashdot ; ce dernier étant peut être le premier succès Web du commentaire participatif sur l'actualité.

Le second cas est Recovery.org, site chargé de poser le maximum de transparence sur les données d'emploi du stimulus package lancé par l'administration américaine, autrement dit, le plan de relance d'Obama déclenché à la suite de la crise financière. Voici ce qu'en pense Seth :
Le site est déficient dans la présentation de ses données tabulaires et l'interrogation par formulaire, par le simple fait qu'il ne se soumet pas dans son code aux règles d'accessibilités fédérales, c'est à dire qu'il n'est pas aux normes requises, par exemple, pour consultation par les non ou mal-voyants.
Les cartes sont pauvrement construites, ce qui serait un dommage mineur si ses cartes ne servaient pas directement de moyen d'interrogation pour accéder aux données : la représentation de l'Alaska est tronquée et l'Etat d'Hawaï n'apparait pas, tandis que les Etats ne sont même pas labellisés sur ces cartes, ne seraient-ce que par leur abréviation officielle.

Il faut se rendre compte qu'au niveau de la politique de communication d'un Etat et sur des projets vantés comme primordiaux et stratégiques, ceci est largement inadmissible car c'est l'image, la sincérité et la crédibilité des dirigeants qui est ici directement remise en cause.

En dernier ressort on pourrait signaler le coût de Recovery.org qui n'est pas moins de 9,5 millions de dollars pour la version clé en main, avec un contrat de maintenance de 8,5 millions de dollars jusqu'en 2014, soit cinq années. Pour comparaison, sur un site participatif 2.0, qui risque d'être plus complexe en fonctionnalités que Recovery.org, celui de préparation de la campagne présidentielle de l'UMP "Les créateurs de possibles", fut déjà hautement critiqué pour un budget dépassant le million d'euros.

Par la suite, certaines des recommandations de Seth Grimes furent écoutées, même si les corrections ne sont pas parfaites ni complètes. Cependant, un problème plus grave vient juste d'être signalé, celui de la disparition, entre la première et la seconde version de Recovery.org, des feuilles xml de liens, ou Atom feed (un standart parallèle à celui du RSS) concernant l'ensemble des données financières. Il s'agit d'un problème de refonte de site qui n'a pas toléré ce qu'on appelle la compatibilité ascendante des deux versions ; ce qui fait que des citoyens qui avaient fabriqués des applications pour extraire les données de recovery.org, sont à l'heure actuelle dans l'impossibilité de mettre en oeuvre la transparence citoyenne tant vantée.

Que conclure, sinon que nous sommes pour l'instant dans une des farces classiques de la communication politique, qui ne semblent pas inaccessibles, même à un Gen X : le paraître et les promesses déconnectés du terrain, l'incompétence sur l'évaluation correcte du coût des plate-formes, la décision de publier et de faire évoluer les sites sans se poser les questions de bon sens et de fonctionnement issus des bonnes pratiques du métier.
Enfin, tromperie sur la marchandise : le lancement de projets old-school, faussement labellisés 2.0, tel quel, en comptant que les choses s'arrangeront d'elles mêmes, que personne ne s'apercevra de rien dans le maelstrom d'enthousiasmes médiatiques, ou en espérant que des clients citoyens et des associations impliquées fournissent un travail de réflexion que les experts nommés n'ont pas été capables de produire.

Bref, il s'agit d'une belle concentration de tous les travers premiers ou tactiques de renard qui empoisonnent sporadiquement le monde de l'industrie informatique depuis que cette dernière existe.
Je ne connais pas d'informaticien qui n'ait connu de comportements semblables dans l'annonce et l'appréhension de certains projets qu'ils ont croisé au cours de leur carrière. Chacun a son exemple de fail semblable en tête.
Au niveau des méthodes et de l'attitude, tout ceci sent son 1.0, tellement que cette débauche de paroles et de concepts ne furent pas suivi d'effets sur le terrain.
Certains commentateurs ont cité comme garantie de la compétence de Vivek Kundra son jeune âge, je répondrais que c'est heureux, imaginez seulement quelle aurait été l'étendue de ses vices si on l'avait investit de ces responsabilités à l'approche de la cinquantaine...

Twitter : une roue de l'information

Deux manières de voir Twitter. Celle du consultant mass média ou marketing, celle du stratège réseau ou technologiste. 
La première est d'y voir une exploitation immédiate, celle d'un produit fini, d'un média achevé ou d'un monde clos, qu'on y branche Seesmic Desktop ou Tweetdeck pour se faire aider, c'est la vision la plus commune. 
La seconde est d'observer ce curieux moteur de messages ou de notes minimalistes, de prendre la distance et la profondeur nécessaire à l'apparition de la créativité, pour tenter d'imaginer son augmentation ou son "humanisation" en se demandant ce que l'on peut construire autour, comme on le ferait avec une brique de Lego.

La majeure partie des articles est centrée sur l'usage auto-évident, celui de caisse de résonance virale, d'apporteur de trafic, de constat de célébrité. Twitter est en effet comparable à une salle de marché de l'information, où tout le monde, du petit au gros usager est en fait un petit porteur qui échange et recycle avec les autres. Ces visions conduisent à un regard critique aujourd'hui car les gens qui y prêtent intérêt par ce biais, sont condamnés à porter leur eau par eux-mêmes. Un usage qui constate rapidement ses limites, comme le link journalism à la main sur son agrégateur occupe les nuits de veilleurs passionnés à parcourir des milliers d'entrées.
Cette utilisation de l'Internet et des réseaux n'est pas naturelle et va à contre-sens de l'esprit de la chose, car elle renforce chez ceux qui s'y prêtent le sentiment d'usure et la fatigue de soi, dans un défi permanent d'attention contre la machine.

L'usage intelligent de Twitter est celui en input du lâcher de ballons : publier sans frein, s'associer rapidement avec d'autres sans se poser nécessairement des questions de formalisme ou de courtoisie humaine, pour l'alimenter en données. En output, évidemment rechercher et faire discriminer par l'automatique, l'algorithmique.
Une fois que l'on sait comment ménager sa monture, la seconde signification de Twitter apparaît, c'est un moteur de micro-messages auquel on peut se brancher par API en programmation pour créer des applications qui rendent services aux humains et à leurs organisation.
Twitter c'est l'invention d'une roue de l'information.

En lisant les apports intellectuels et médias sur la Toile, je vois que nous sommes beaucoup à nous satisfaire de la brouette, alors que nous devrions commencer à créer soit d'autres roues, ou établir des projets de voitures. En somme, Twitter est encore dans son stade adolescent et réserve non en lui mais à ses extrémités et par création logicielle, beaucoup de surprises.

lundi 5 octobre 2009

Réfléchir en terme de générations : un levier politique

Assez récemment, une invention provenant des Etats-Unis envahit notre espace culturel. Celui du discours sur les générations, dans l'ordre historique : Boomers, Gen X, Gen Y.

On avait jusqu'ici pour nous satisfaire, la querelle de l'ancien et du moderne, qui était assez simple à comprendre puisqu'il s'agissait de mettre en scène les évolutions des goûts et des mœurs avec les figures du combat. L'ancien ou le traditionnel ne perdant jamais tout à fait, le moderne ne gagnant pas complètement, non plus. Ainsi, le monde allait son train dans des sentiments de désaccord et de réconciliation progressifs.

Dans cette note du blog d'Eric S. Raymond, est démontée par l'exemple une vue établie par les travaux de Thomas Kuhn : que les changements successifs de paradigme seraient validés par les générations.
Si cette proposition n'est pas confirmée par l'observation de l'histoire, notamment celle des sciences "dures", elle est plutôt en accord avec les récents développements des sciences sociales ou dites, par opposition, "molles".
D'après Eric S. Raymond, ce comportement particulier des sciences "molles" serait du au fait qu'elles ne sont pas complètement des sciences, que leur emploi est vulnérable, notamment, à la volonté d'imposition d'une vision politique ou franchement militante, déterminée par avance.

Et l'on comprend mieux, à l'heure actuelle, ce souhait profond de commencer à diviser les générations entre elles, pour mieux faire passer certains discours marketing, d'entreprises, ou de politique pure.
Je me limiterais au terrain du Web et du message profond que l'on cherche à faire passer à la Gen Y sous prétexte qu'ils seraient radicalement différends : faire accepter l'abandon de la liberté pour la transparence, nier l'inquisition et le profit par le détournement de ses données propres au nom du développement personnel, la recherche du boulot non-conventionnel pour accepter de nouvelles formes de travail qui auraient été qualifiée comme désocialisantes et aliénantes par les Boomers, etc.

Certes, ce n'est pas la première fois que l'on vient faire les yeux de l'amour à la jeunesse, ni la dernière.

en référence à : Armed and Dangerous » Blog Archive » Brother, Can you Paradigm? (afficher sur Google Sidewiki)

dimanche 4 octobre 2009

La Neutralité du Net, un principe discordant

Un cas très intéressant, issu de la guerre qui oppose l'opérateur AT&T à Google aux Etats-Unis. Le sujet de la discorde est l'application Web Google Voice qui permet, sur certains types de communication téléphonique, de faire profiter un utilisateur d'un prix plus bas que celui des opérateurs.

Sauf que, Google semble ne pas tenir ses promesses jusqu'au bout, refuse de relayer et bloque les communications en direction de postes isolés dans les campagnes, où l'on est obligé de passer par une communication filaire classique.
La raison principale est que ce genre de communication coute cher et Google ne veut en assumer le coût, ni ne peut répercuter le prix auprès de ses clients.
Ce serait un cas évident d'atteinte à la Neutralité du réseau, si Google possédait un réseau et était opérateur. Ce que Google n'est pas, stricto sensu. Seulement, au travers de son application tout se passe pour l'utilisateur comme si Google délivrait un service d'opérateur au travers d'un réseau virtuel.

Les grands prêtres de la Neutralité du Net sont positifs à ce sujet : seuls les opérateurs réels, ou fournisseurs d'accès, peuvent être accusés d'atteinte au principe de Neutralité.
La question ne pourrait pas se poser pour un géant de l'informatique, du genre Apple, Google ou Facebook, qui pour des raisons de concurrence imposerait des traitements différents, ou des discriminations, à leurs utilisateurs au travers d'un service qui se comporterait comme une passerelle virtuelle, puisqu'il serait le seul à l'assurer.
Plus nous avancerons dans le temps, plus nous découvrirons de tels exemples qui montreront par des discordances d'ordre pratique, les limites actuelles de l'expression du principe de Neutralité.

en référence à : Google Voice May Be Breaking Phone Rules, But Not Net Neutrality: Experts - Post I.T. - A Technology Blog From The Washington Post - (washingtonpost.com) (afficher sur Google Sidewiki)

Risque d'externalisation de contenu vers un média social

Le "grand" Jakob Nielsen définit une part du risque encouru en terme d'ergonomie Web, lorsqu'on choisit d'externaliser du contenu sur un média social.
Le cas est emprunté à la plate-forme Youtube.


Comme toujours, la lecture de Jakob est assez réjouissante car elle rejoint l'élémentaire bon sens du métier de l'Internet ou du Web, qui est, même si on est pas d'accord, fondamentalement lié à l'expérience de praticien des sciences de l'information.

en référence à : Social Media Outsourcing Can Be Risky (Jakob Nielsen's Alertbox) (afficher sur Google Sidewiki)

Utilisation de Sidewiki : l'outil de bookmarking Google

Nouveau Produit : L'idée de Sidewiki n'est pas de remplacer les commentaires sur une page sélectionnée, mais plutôt d'être un pointeur sur des sites, des adresses, des textes ou sur des morceaux de textes, de manière à y apporter un éclairage personnel.

C'est une forme de bookmarking de la connaissance et de l'intérêt.
Ce n'est pas une extraction de valeur d'un contenu de site, c'est un ajout qui facilite la mise en lien vers ce contenu, en publiant automatiquement sur un Blogger, Twitter, Faceboook, etc.

Sidewiki n'est pas orienté pour le commentaire d'opinion classique et la discussion online, puisque les entrées viennent enrichir le profil Google de l'utilisateur.
L'effet de centralisation que certains pourraient lui reprocher devrait être compensé par le fait que les données sont accessibles à l'emploi par tout le monde. L'API Google est disponible.
en référence à : Google Sidewiki (afficher sur Google Sidewiki)

samedi 3 octobre 2009

L'Europe redevient un projet politique

Finalement, le oui au traité européen simplifié, idée aux limites de l'improbable lorsqu'elle fut lancée par Mr Sarkozy plongé au coeur de la campagne Présidentielle de 2007, va remettre la politique au centre du projet Européen.

Des pouvoirs renforcés pour le Parlement, la nomination d'un Président représentant unique de l'Europe et nommé par le Conseil Européen, un Haut représentant pour les affaires étrangères et la sécurité qui sera aussi vice-président de la Commission Européenne. Les bureaucrates vont vite se sentir encerclés, et nous allons peut-être ouvrir une page nouvelle dans cette marche chaotique de l'Europe des Nations, préférant nous rassembler autour des projets d'importance.
Les idées perdantes : une vision confédérale ou fédérale de l'Europe, le rôle dominant de la Commission Européenne, des institutions Européennes envisagées et vécues comme une grosse ONG, l'absence de tête politique dans les négociations internationales.

Normal, les moments de tension et de crise laissent ouverts la porte au dynamisme des décideurs qui sont naturellement moins présents lorsqu'il s'agit de gérer une prospérité économique ronronnante.
Il faut marquer d'une croix blanche ce jour et ce constat, la vieille figure de l'Europe vouée au zonage normatif de la Commission s'est révélée incapable de se transcender dans les moments troubles que nous venons de traverser pour apporter des solutions ; il a donc fallu deux hommes déterminés, l'un, dont il est question plus haut, pour relancer et faire avancer le projet politique commun, l'autre, Mr Trichet, pour agir fortement au point de bascule de la crise financière.

L'Europe est un continent fascinant, déjà uni depuis des siècles, par une religion unique au Moyen-âge, par les familles aristocratiques et des scientifiques philosophes aux Temps Modernes, puis vint le temps des guerres civiles entre projets nationalistes qui secouèrent le XIXème et le XXème siècles. On bâtit alors à la fin de la plus terrible d'entre elles, un projet aux lointaines visées fédérales, pour donner enfin naissance à une entente de nations sur un socle de valeurs et d'intérêts communs.
Un modèle dynamique pour la planète en quelque sorte, une alternative à celui de l'empire Américain, perclus de pesanteurs technocratiques, qui semble condamné à ne plus se réformer.