Bien peu se rendent compte que la sécularisation est une notion chrétienne. Le "Redde Caesari quae sunt Caesaris, et quae sunt Dei Deo" qui établit la limite entre pouvoir temporel et spirituel, contient en germe la possibilité de voir les institutions gouvernementales et administratives s'abstraire d'une logique spirituelle sans offenser l’imperturbable travail de l'Eglise. D'ailleurs ont-elles la puissance réciproque de s'annihiler?
Remarquons au passage que le mouvement associatif de masse n'est pas d'accord avec cette frontière et souvent cherche à rétablir par contamination plus ou moins effective de la doctrine du salut marxiste, en perdition mais qui n'a point perdu son éclat de verroterie, une logique spirituelle que la modernité a été incapable d'éconduire.
Et pourtant la liberté ou l'originalité de l'individu a pu être tolérée et servir d'exemple : l'ironie de Pascal dans les Provinciales a nourri son prédécesseur Voltaire. Donc, dans l'expression d'un des maîtres du style et de la pensée françaises se trouvait la permission implicite pour des générations à suivre de faire aussi bien ou aussi mal. L'essence d'une liberté pourvu qu'on en ait le talent.
Notons encore que l'utilisation du charisme potentiel de l'oeuvre d'art, et de ses techniques contant la perfection sans nécessairement la produire, donne un poids à la pièce de Castelluci, qui ferait tant peur à certains, mais au bout du compte est bancale sans le personnage d'huile sur toile et priverait l'auteur de tout génie sans cette offrande de la tradition.
C'est au nom de la République Française et de ses valeurs que nous condamnons les dérèglements violents ou obèses de redondances et de prise de rôles convenues de personnes qui cherchent un sens immédiat à leur vie dans des convictions qu'on leur sert comme passéistes. Sachons que nous les entretenons, autant qu'ils s'entretiennent, pour maintenir notre santé mentale.
Mais ces valeurs que l'on rattache au combat de la laïcité, d'où viennent-elles ? Qu'est-ce que la laïcité française sinon la traduction d'une forme de compétition sociétale entre deux institutions fondatrices de ce peuple ? La plus récente, la République, bâtissant dans la lumière de ce qui était à la charge exclusive de la précédente, l'Eglise, un système d'éducation et de solidarité sociale ? L'idée de développer et d'instruire tous les individus, d'instituer une solidarité entre eux n'est pas venue avec la Révolution. Plonger dans le mystère des âmes ou prétendre les guérir socialement, c'est à dire les guérir de la vie et maintenant de leurs contraintes matérielles, n'est qu'une continuation mais on ne le soutient pas, parce qu'évidemment, lorsqu'on s'est opposé sur la scène publique, on ne peut qu'être ennemi et avoir des valeurs différentes.
Rappelez-moi où il faut cesser de rire.
Si je ne veux fâcher personne, je peux juste constater que l'extrême polarisation de ces débats actuels sur le retour de l'homme et de l'humanisme dans le jeu économique n'est rendu possible que par la diffusion silencieuse et massive du patrimoine chrétien en Occident au cours des siècles.
Maintenant, si on regarde au-dessus de ce phénomène ludique entre hommes qu'est l'économie, on peut voir que l'action de Rome au cours des siècles n'a été, en toute modestie, que de refaire la matrice des connaissances, de digérer cette somme philosophique en mouvement pour mieux la diffuser.
Il n'y a donc jamais eu de "désacralisations" au sens où tout le monde porterait à le croire, avec la modernité, ou le dégagement d'un âge médiéval, que l'on qualifie de totalitaire pour mieux en saisir l'écart de contexte.
Déjà, au moment de la constitution des Évangiles, ceux qui ont rendu possible celui de Saint-Jean, avançaient que la parousie avait eu lieu, que le Royaume de Dieu avait rejoint la Cité des hommes par l'Eglise. C'est, comme le disait Mircea Eliade dans son Histoire des croyances religieuse, "le même processus dialectique : l'épiphanie du sacré dans un objet profane constitue en même temps un camouflage ; car le sacré n'est pas évident pour tous ceux qui approchent l'objet dans lequel il s'est manifesté. "
"Cette nouvelle interprétation de la dialectique du sacré, inaugurée par l'identification du Royaume avec l'Eglise, se prolonge encore de nos jours ;d'une manière paradoxale, elle se manifeste surtout par les multiples "désacralisations" (démythisations des Évangiles et de la tradition, banalisation de la liturgie, simplification de la vie sacramentaire, tendances anti-mystiques et dépréciation du symbolisme religieux, intérêt exclusif pour les valeurs éthiques et la fonction sociale des Eglises, etc.) "désacralisations" en train d'être accomplies dans le monde chrétien contemporain."
Alors je ne vois plus très bien, avec cette perspective en tête, où l'atteinte du symbole du Christ est rendue possible dans les démonstrations théâtrales sur Paris cet automne. Peut-être parce qu'à l'inverse de l'Orient lointain nous rentrons en rébellion quand ne savons toujours pas donner un nom au vide. Nous ne sommes en effet assiégés en rien.
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