mardi 27 juillet 2010

Datajournalism ou impact-journalism ?

A l'heure de la transparence reine, rien non rien ne nous sauvera de la présentation inexacte des faits. Rien n'agira en prévention du fait qu'il soit possible de faire passer un mensonge entre deux vérités, ou quelques documents falsifiés au milieu d'une tonne d'authentiques.

La puissance de médias excités par la mode naissante du datajournalism masque des comportements qui, depuis longtemps, ont été distingués et signalés en matière de renseignement ou de jeu documentaire entre historien et idéologue : pouvoir juger de la nature et l'exactitude du document, mais aussi de son contexte d'élaboration, sa perception et la date (choisie ou non) de sa publication. Du fait de l'informatique, de sa vitesse inhérente et de l'ancienneté d'une tradition humaine, les intérêts particuliers des ambitieux, tout ceci concourt à ce que face à tout type de fuite de documents ou présentation imagée de ceux-ci, il faille toujours mettre en alerte son esprit critique et, de loin, son sens de l'évaluation.
Rien ne pourra se substituer en effet dans les esprits à l'exercice le plus personnel et le plus cru de sa propre analyse. De fait, il faudra se résoudre à ce que l'éducation ne s'effectue plus sur des résumés et une présentation biaisée d'un savoir consommable destinés à préparer la jeune femme au jeune homme au monde actuel, mais sur l'analyse et la connaissance d'œuvres du passé, qui permettent de saisir les mécanismes de la tromperie, de la trahison et de la désinformation in situ.

Je prends pour exemple la récente découverte des notes et documents, classés secrets, de l'armée américaine sur la guerre d'Afghanistan par Wikileaks.
Le monde semble émoustillé, Julian Assange dans sa récente conférence de presse est dans le juste lorsqu'il relativise la découverte quand il dit : “Les gens en Irak, les gens en Afghanistan, ils n’ont pas besoin de vidéos. Ils voient ça tous les jours !
Il aurait pu rajouter que la lecture d'un ouvrage de 2006 de Robert Fisk sur les rapports de l'Occident avec le Proche et Moyen-Orient, était largement suffisante pour approcher, savoir et connaître la réalité de la guerre en Afghanistan. Bien d'autres livres de reporters aussi, donnèrent une vision adéquate de ce conflit, on ne découvre donc rien de plus ni de moins par les bonnes bonnes vieilles méthodes du journalisme et de l'investissement personnel sur place.

En terme d'authenticité donc, le datajournalism ne fait pas une différence qualitative. Mais la quantité est subjuguante... l'énormité de la faille à laquelle la Maison Blanche doit à présent faire face est réelle : plus de 92000 notes et documents, soit la potentialité d'années de micro-procès à l'administration face à tel ou tel document ou note précise, qu'il faudra justifier par une remise en contexte appropriée, voire impossible.
Et l'impact du datajournalism lui donne ainsi tout son sens et son attraction : un moyen de pression majuscule, car sur la durée, qui peut porter des effets incroyables, salvateurs comme pervers sur la société dans son ensemble.
Allons plus loin en notant que les officines de renseignements ne seront pas en reste dans cette guerre là, les fuites organisées à base de mélange de documents réels et de quelques uns falsifiés trouveront une place quasi-quotidienne.
Déjà, à son époque, Talleyrand en tant que ministre des relations extérieures, avait un bureau dédié à la production de faux, et possédait des relais humains dans les rédactions de journaux choisis.
Comme toujours, la suffisance et l'idiotie vont continuer à se battre dans les médias, en toute bonne volonté, et ceci pour l'éternité. La manipulation la plus vulgaire côtoiera le ressenti le plus savamment orchestré. On ferait bien de renommer le datajournalism plus honnêtement et correctement "impact-journalism", mais la vérité n'en apparaîtra pas plus au détour d'une de ses cartes ou rendu statistique.

lundi 19 juillet 2010

Une maxime de Nassim Nicholas Taleb

Son fil Twitter contient vraiment de très belles pensées, comme celle-là :
"Men destroy each other during war; themselves during prolonged peace."
"Les hommes se détruisent les uns les autres en temps de guerre; eux-même lors d'une paix prolongée."

Attali piqué par une tarentule morale...

Cette bonne vieille "tarentule morale de Rousseau" qui avait piqué Emmanuel Kant en son temps comme l'avait vu Friedrich Nietzsche.
Mais alors quelle autre a piqué Jacques Attali.

Dans un récent article, la société démoralisée, il nous refait un coup vieux comme le monde, qui frappe chaque communauté lorsqu'il s'agit de définir le passage d'une crise : les premières causes sont à trouver dans un non respect de principes originels qui a attiré la foudre divine. En l'occurrence nous aurions cessé de tenir compte de deux principes originels du capitalisme : la loyauté et la transparence. Ils nous fait même le coup des "pères fondateurs".
Comme l'affirme Friedrich Nietzsche, au début d'Aurore, il s'agit d'un réflexe connu de toute communauté qui, face à un dérèglement (pas de pluie, mauvaise récolte, etc.) se met dans son ensemble à vivre la punition infligée comme sa propre punition et qui se concrétise par le discours auto-flagellant de tout un chacun sur le relâchement des mœurs. CQFD
En attribuant la cause ou la faute à l'obsession de la liberté individuelle voire d'une certaine hystérie de celle-ci, Jacques Attali ne semble pas non plus avoir pensé, avant d'écrire, si ce qu'il nommait la cause n'était pas plutôt un effet. Thème récurrent Nietzschéen, s'il en est. A vous de le découvrir en observant par cet angle, c'est à dire de se poser la question si ce dérèglement n'est pas en mesure devant l'incertitude collective qui grimpe de provoquer la demande accrue de liberté individuelle.

Bon, je ne vais pas plus m'attarder sur les raisons d'un papier par une personne qui a du sûrement faire ses classes à une époque et lire attentivement ce qui compte au niveau de la pensée humaine, mais il y a un XXIème siècle qui s'annonce, et il ne s'agirait pas de continuer à perdre du temps avec des réflexes immémoriaux qui n'ont jamais sorti aucune société de leurs soucis en période de mutation ou de transition.

vendredi 16 juillet 2010

The day I learned to walk

Walking, a feeling I have lost across ages. Oh... I do not want to talk about hours I spent when I was a teenager, a book of Verlaine and Rimbaud in hand, in the countryside, on the edge of autumn, nor forced weekend family outings, that everyone more or less endured in his own life.
No, walking for walking, everyday changing your own map, for the fun of it, to say hello to those whom you meet, engaging conversation with distant neighbors of all kinds, in fact enjoying the same pleasure as hunting : just to stop and listen, giving advice too, a privileged moment, face to face.
It is of course quite silly to waste these moments with a mobile phone or wearing headphones, taking the time instead to hear and see some nature in your rural or suburban area.
Walking is one of the main points of civilization, one of them holds into provoking a disinterested effort to focus daily or discussing for the sake of words which have, at last, recovered their meaning, one step after another.
There are thousand of reasons to walk, for instance, it strengthens your own differences, your idiosyncrasies : finding your walking style is just like finding your own voice.
At the end, one day, three or five people will honk to greet you : you have then gained a little more respect for yourself... only expense incurred? a good pair of shoes ...

Le jour ou j'ai réappris à marcher

Marcher, une sensation et un devoir que j'avais perdus, par-delà les âges. Oh... je ne veux pas parler des heures passées lorsque j'étais adolescent, un Verlaine ou Rimbaud en poche, dans la campagne, à la lisière de l'automne, ni des promenades familiales obligés, le Week End, que tout le monde a plus ou moins endurées dans sa propre vie.

Non, marcher pour marcher, changer ses circuits, for the fun of it, pour dire bonjour à ceux que l'on croise, engager la conversation avec des voisins de toute sorte, goûter en fait le même plaisir qu'à la chasse, celui de l'arrêt et de l'écoute, donner son avis aussi, profiter d'un instant privilégié, face to face.
Il est bien sûr assez idiot de gâcher ces instants par son mobile ou le port d'un casque, savoir écouter c'est aussi entendre et voir le peu de nature dans votre voisinage de parisien, campagnard ou banlieusard.
La marche est un des plus hauts faits de la civilisation, car elle ressemble à un effort de concentration quotidienne désintéressé ou une discussion pour le plaisir des mots qui ont retrouvés leur sens ; un pas après l'autre.
Il y a mille raisons pour marcher, par exemple, cela renforce ses différences, son idiosyncrasie, qui commence par l'allure et le pas : trouver son pas c'est comme trouver sa voix, c'est partir à la rencontre de soi et se découvrir au bout du compte.
Le jour où trois ou cinq personnes en voiture ou moto vous klaxonneront pour vous saluer, vous aurez gagné un peu plus d'estime de vous... la seule dépense occasionnée ? une bonne paire de chaussures...

lundi 5 juillet 2010

Quand les faits dépassent l'humour et la raison

Dans mon article précédent, volontairement exagéré, je pensais à propos du football aller jusqu'au bout de ce qui était crédible et même au-delà... la réalité s'est chargée d'enfoncer le clou religieux dans les paumes du corps sépulcral de ce sport, révélateur de l'ancienne influence européenne sur cette planète bouillante d'échanges.

Une mauvaise nouvelle : plutôt quatre pour Maradona, muet sous les assauts d'une équipe allemande ne comptant pas sa folle dépense d'énergie, insensible à la fatigue, au remord, à la pitié. Un football high-tech, collectif, impersonnel à l'extrême. Ce n'était pas que du Lego tactique mais un nouveau type de jeu, fluide et relié, plus inspiré des parties sur Play Station que de nos réalités pesantes, idéal et anti-gravitationnel. On aurait dit de véritables silhouettes éthérées sur l'écran informatique... des humains cela ? peut-être...
En tout cas, même avec ce mauvais résultat en quart de finale, l'équipe d'Argentine et leur entraîneur furent accueillis comme des héros grecs ou romains de retour dans leur pays, avec des déclarations d'amour du public rédigées à la hâte sur des cartons d'emballage.

La bonne nouvelle fut pour l'Uruguay ; ce n'est plus la main de Dieu, excusez encore du peu, mais celle de la Vierge Marie selon le sélectionneur Tabarez même, qui est venue porter assistance et entretenir un espoir on ne peut plus ténu de survie face au Ghana.
Développement mystique hallucinant, à des années-lumières de nos considérations de citoyens du monde socio-démocrates en repentance perpétuelle sur notre isthme européen ; incapables que nous sommes de prendre avec joie un incident de jeu qui nous serait inattendu et favorable (l'autre main de Thierry Henry.)
Il faut bien s'y résoudre. Nous n'avons plus d'incertitudes. Nous ne sentons plus notre destin. Désespérés et matérialistes, isolés dans cette double contrainte et au sein de laquelle je ne vois aucune sortie.
Nous sommes gavés de certitudes comme pas mal de confrères européens, et même le festif allemand à Berlin à un goût de joie sans affection, moderne, neutre et transparente.
Rien à voir avec ce fou de Sebastian Abreu, le marqueur de la délivrance Urugayenne sur une Panenka, qui se fit enfermer dans le stade du Centenario toute une nuit, pour célébrer la victoire lors d'un match de barrage. Il faut comprendre que ce lieu fut construit pour la première Coupe du monde de la FIFA, jouée en 1930, où l'Uruguay s'imposa.