mercredi 29 avril 2009

Civilisation 2.0

Rien ne peut mieux évoquer la douce plainte, au moment initial de cette Ère dans laquelle nous entrons, que cet extrait de "Vérités et mensonges" d'Orson Welles. Cette incapacité, depuis le début les temps modernes, de l'homme occidental de se mettre à l'unisson dans des célébrations collectives qui n'étaient pas de l'ordre du spectaculaire ou de la pure référence sociale, va disparaître.
Doucement, nous redécouvrons les bienfaits du don, de l'investissement anonyme, ou de la culture populaire, grâce à des exemples comme Wikipédia, ou l'immersion dans des heures de beauté en parcourant à l'aventure Flickr, ou les quelques textes de blogs qui ont pu marquer nos instants de vie, etc.
Lentement, mais sûrement, nous échappons au formatage culturel des anciens médias, qui produisaient des abcès de fixation, nommés "stars", pour le public.
Narvic cite l'effet Susan Boyle, pour tenter de marquer un point en faveur de l'esprit de résistance des mass média, mais c'est, à mon avis, oublier que les médias anciens cherchent à nous la jouer "populaire" car ils sentent bien que des décennies de sourires carnassiers ne sauront leur rendre ni crédit, ni authenticité. Ils ont deviné qu'il ont perdu, sans le savoir, une bataille importante dans cette émergence de la culture des communs. Alors... ils font comme ils peuvent pour retarder l'échéance de leur exclusivité.
Avec la fin progressive de la société du spectacle, nous perdrons peut-être nos quinze minutes de célébrité, mais nos existences éprouveront d'autres systèmes de relations et d'interactions. D'autres expériences qui relanceront l'art au quotidien et nous n'aurons plus peur de nous exprimer car nous retrouverons l'envie sous l'anonymat relatif que procure la multitude en réseau.
Un papier récent de Jeff Jarvis s'appuyant sur un article du Wall Street Journal, cite les chiffres suivant pour les Etats-Unis, 20 million de blogueurs en tout,  1,7 millions payés pour ce travail, et 452000 dont cette activité est devenu leur première source de revenus. Cela fait plus de blogueurs payés que de patrons d'entreprise, remarque Jeff Jarvis.
Pendant ce temps, des Etats européens comme la France luttent avec les syndicats patronaux pour que l'on attribue une part acceptable de bénéfices des entreprises aux employés. Cela va être difficile à accepter pour une société où nous sommes nombreux à avoir intégré que l'anonymat conditionnait la précarisation et le mépris social. J'ai cité ce double mépris dans d'autres notes, l'un top-down, l'autre bottom-up, expérimenté pour peu qu'on ait vécu des deux côtés de la barrière dans une organisation.
Il y a donc des signes que sous la pression du Réseau, des valeurs admises commenceraient à s'inverser. Peut-être que le nom, ou la signature, d'un homme, ou d'une femme, ne devrait pas compter autant que ça l'est si nous voulons recouvrer collectivement un peu de tranquillité et d'espoir...



P.S. : je laisse le texte à disposition de ceux qui veulent le traduire ou ont des difficultés à le comprendre à la volée.

“Now this has been standing here for centuries. The premier work of man perhaps in the whole western world and it’s without a signature. Chartres.
A celebration to God’s glory and to the dignity of man.
All that’s left, most artists seem to feel these days, is man. Naked, poor, forked radish. There aren’t any celebrations. Ours, the scientists keep telling us, is a universe which is disposable.
You know it might be just this one anonymous glory of all things, this rich stone forest, this epic chant, this gaiety, this grand choiring shout of affirmation, which we choose when all our cities are dust; to stand intact, to mark where we have been, to testify to what we had it in us to accomplish.
Our works in stone, in paint, in print are spared, some of them for a few decades, or a millennium or two, but everything must finaly fall in war or wear away into the ultimate and universal ash: the triumphs and the frauds, the treasures and the fakes.
A fact of life… we’re going to die. ‘Be of good heart,’ cry the dead artists out of the living past. Our songs will all be silenced - but what of it? Go on singing. Maybe a man’s name doesn’t matter all that much.”
F for Fake, Orson Welles

mardi 28 avril 2009

Facebook contraint au virage de l'ouverture au milieu d'incertitudes financières

Facebook ouvre comme promis son modèle, reconnaissant même en pleine popularité la nature ouverte du Web.
Une API va permettre aux développeurs de créer des applications qui permettront aux utilisateurs de pouvoir consulter et enrichir leur flux d'activités en dehors des murs du site jusqu'alors impénétrables.
Suit une promesse d'effectuer un mouvement dans la direction du mode d'authentification OpenID :  mais cela avait été déjà annoncé, les réalisations peinent à suivre et Facebook ne semble pas avoir renoncé à faire de son mode de connexion un standard.
Un premier pas donc vers la reconnaissance que son modèle conceptuel d'origine n'est pas adapté et qu'il doit évoluer en accord avec son milieu, le Web. Autre raison possible,  la perception que le Web va évoluer, non vers des modèles d'applications intégrées, mais au contraire vers l'éclatement d'offres applicatives simples et efficaces (surtout pour réduire au maximum les problèmes de sécurité) qui se grefferont autour de nuages gigantesques de données, et dont Twitter ou Google sont les exemples les plus proches.
Peut-être, aussi, que le Facebook initial et fermé ne peut survivre technologiquement au delà d'une certaine masse d'utilisateurs et se doit d'évoluer drastiquement, sans hériter de coûts supérieurs de maintenance et d'exploitation et d'une baisse cruelle des performances d'affichage, univers dont les utilisateurs ont souvent constaté la pénible lenteur en regard des autres sites Web.
En ce qui concerne les perspectives de l'entreprise, ce virage s'opère dans un contexte défavorable. Mark Zuckerberg vient de licencier son directeur financier, Gideon Yu, qui était revenu les mains vides d'une table ronde dans les émirats. Etant loin d'avoir atteint l'équilibre et de pouvoir faire croire en une future profitabilité Facebook a en effet besoin d'un apport de cash suffisant pour tenir jusqu'à une opération d'introduction en bourse.
Facebook est victime d'une part de son succès, l'inscription régulière de nouveaux utilisateurs (en majorité étrangers aux US et plus difficilement monétisables) créent des besoin matériels croissants et d'autre part d'une orientation de son encadrement non-technique, c'est à dire là où justement il pourraient rationnaliser leurs coûts de manière intéressante.
Pour l'instant, la recherche de nouveaux investissements a eu pour effet de faire baisser drastiquement l'évaluation globale de l'entreprise, lorsqu'en 2006 Microsoft avait investit plus de 500 millions de dollars, cela avait été conclu sur la base d'une évaluation de Facebook à hauteur de 15 milliards de dollars. 
Aujourd'hui, avec la crise environnante, les dernières propositions de soutien financier s'effectuent à une évaluation autour de 2 milliards de dollars. Facebook n'aura peut être pas d'autre choix que de s'y soumettre si la situation ne s'améliore pas.
Un point positif au tableau, Facebook a bien senti que son plus bel atout est le flux d'activités qu'ils ont récemment imposé à leurs utilisateurs en page d'accueil après la connexion. Ce flux en direction de personnes clairement identifiées et géolocalisables, plus précis qu'une audience télévisuelle, pourra être transformé en un point d'entrée de l'amitié entre les clients et les entreprises qui le souhaitent. Pour ce faire, les entreprises devront sûrement mettre la main à leur poche pour contenter Facebook et leurs clients.
Reste à voir si au milieu de leurs territoires sentimentaux et familiaux, les utilisateurs accepteront universellement l'offre de parts gratuites de pizza ou de rabais sur un pack de soda, comme ils le découvrent sous forme de prospectus chaque jour dans leur boîte aux lettres physique. Seul l'avenir le dira...
[ ajout : deux articles intéressants pour approfondir le sujet Facebook, l'un du New York Times qui renforce l'inquiétude que ces réseaux sociaux à vocation mondiale prennent un risque financier énorme, l'autre de ReadWriteWeb qui se demande si les utilisateurs de Facebook vont accepter, qu'à travers cette API permettant d'extraire leur flux d'activités, leurs informations personnelles circulent aussi facilement sur le Réseau. Peut-être que l'un des paramètres de confiance entre Facebook et ses utilisateurs se trouvait dans le cloisonnement initial de ce site par rapport au reste du Web. ]

dimanche 26 avril 2009

Apprendre à donner le contrôle

Trouvé le premier billet de Francis Pisani concernant le compte-rendu du livre de Jeff Jarvis "What Would Google Do?" sur le fil Twitter novövision qui risque d'être un précieux gain de temps pour tous ceux qui aiment la substance traitée par narvic : les NTI et le futur du journalisme.
L'idée essentielle de l'ouvrage résumée en quelque lignes par Mr Pisani : La leçon la plus évidente, celle que Jarvis répète à longueur de pages c’est que les institutions - aussi bien publiques que privées - doivent s’ouvrir. “Donnez le contrôle aux gens et nous l’utiliserons,” écrit-il. “Ne le faites pas et vous nous perdrez.”
Perdre quel soutien ? celui de ses clients, ses utilisateurs, ses employés.
Cette idée de laisser le contrôle n'est pas neuve, mais elle prend à contre-pied l'aboutissement d'une culture économique soit disant libérale que l'on a parfois brocardé par le terme ultra-libéral et qui a commencé d'être mise en oeuvre en réponse au premier choc pétrolier de 1974 - l'acte unique européen de 1986 d'inspiration deloriste est un de ses avatars les plus significatifs pour notre culture européeene et française.
L'ouverture à une concurrence accrue s'est traduite au niveau des grandes organisations par un renforcement de la centralisation du commandement et un contrôle en interne sur les personnes, appelées ressources humaines, une efficacité qui prônait la rationalisation ultime par l'encadrement des libertés des personnes les plus proches du terrain sous des procédures, accompagné d'un contrôle externe des consommateurs par leur téléguidage grâce à une collusion de pouvoir, stimulée par la finance, entre le personnel des médias devenu obéissant et la publicité - interrogation centrale du discours d'Edward R. Murrow reproduit dans le film "Good Night, Good Luck"
Il semble que nous ayons persisté dans l'effort sur cette voie depuis une trentaine d'année, jusqu'à l'extrémité du monde, extrémité au sens physique à une époque, lorsque l'on croyait que la terre était plate, et que la fin des océans conduisaient à des zones où, avant de tomber dans le précipice, des monstres marins allaient détruire ou engloutir votre précieuse nef.
Fin du politique, fin de l'histoire, pensée plate comme la terre, puis renaissance de la pensée magique, à l'instar de nos ancêtres, courbette idiote sous la pluie des incertitudes : l'arrivée d'Internet et de ses monstres tels que Google, et autant de Nemesis qui nous feraient courir à notre perte. Je plaisante à peine, même des blogueurs assemblés autour d'un ministre s'inquiètent de tels monstres.
Face au vent de panique qui traverse les médias et les industries culturelles, la fin annoncée de la publicité telles que nous l'avons vécu, Jeff Jarvis s'enthousiasme non par optimisme, mais du fait de son observation,  s'agite et souligne en gras les nouveaux impératifs de la vie en réseau qui pourraient constituer un salut : les voies de transformation.
Donner le contrôle donc, mais pourquoi ? où se situe la source ? quand cette règle a-t-elle émergée ?
Dans l'expérience technologique liée au développement de l'Internet. 
Deux visions, cousines et concurrentes, celle du mouvement Open Source, accidentelle et expérimentale, et celle de la Free Software Foundation, historique et éthique.
Ce principe de l'abandon du contrôle a été énoncé dans un ouvrage célèbre "La Cathédrale et le Bazar" écrit par Eric S. Raymond, co-fondateur du mouvement Open Source, en 1998. En se basant sur l'expérience inédite des projets collaboratifs sur l'Internet, notamment les méthodes novatrices qui ont conduit à la naissance de Linux, Eric S. Raymond a réussi à extraire et poser un jeu de règles qui permettent de connaître le succès opérationnel en réseau. Celles-ci étaient nommé le Bazar. Parmi ses règles, les premières étaient celles qui concernaient l'abandon du contrôle.
A l'époque, même dans le monde unixien, on imaginait mal qu'il était possible de concevoir un logiciel aussi sophistiqué et complexe qu'un système opérationnel, sans adopter le modèle de la Cathédrale technologique : c'est à dire une structure de développement restreinte à quelques développeurs sous la direction exclusive d'un éminent spécialiste, tous retirés du monde un peu comme des moines.
Linus Torvalds avait inventé le modèle du Bazar pour l'élaboration de Linux, c'est à dire celui de la confiance et donc de liens ténus avec une communauté de milliers de développeurs, et même des non-experts. limitant progressivement son rôle à celui d'un arbitre, pour les quelques cas où la communauté ne serait pas d'accord sur une direction à choisir. Peut-être certains continuent-ils de croire au miracle, mais c'est la première expression dans un modèle de production à ce niveau de complexité où il a été établi qu'il existe une relation inverse entre contrôle et confiance.
L'argumentaire de la Free Software Foundation est peut être plus ancien, mais ce n'était qu'une intuition avant que de connaître l'exemple de Linux, renforcé plus tard par le succès d'aventures à l'éclosion tout autant soudaine qu'improbable : Wikipedia et Google. 
La FSF mène un combat contre le système de brevets dans le monde anglo-saxon qui autorise la protection au niveau conceptuel et la propriété intellectuelle ; dans son optique, ces inventions humaines ont systématiquement servi de frein à l'amélioration collective de produits de l'intelligence tels que les logiciels. Pour quelles raisons ? parce que ces protections industrielles ont permis à quelques acteurs puissants d'organiser une économie de la rareté autour de leurs solutions et d'imposer le contrôle sur leur clientèle en transformant leur offre initiale en passage obligé.
Deux exemples viennent à l'esprit : Microsoft pour son système opérationnel Windows sur PC et dans une moindre mesure la suite Office, Facebook pour l'application de la théorie du Walled Garden : c'est à dire du contrôle par la soumission du client à un univers clos, ou seule l'étendue de l'offre de Facebook est accessible, des fois qu'il lui prenne l'idée saugrenue de s'échapper ou de revenir sur le Web.
Au-delà du point de vue éthique basé sur la liberté des acteurs et le partage de la connaissance, le jugement de la FSF est que des instruments de contrôle tels que la propriété intellectuelle et le système de brevets sont globalement inopérants dans une structure ouverte telle que l'Internet, dès que les outils technologiques ont été rendus accessibles à l'ensemble des individus.
"We were wanderers from the beginning. We knew every stand of tree for a hundred miles. When the fruits or nuts were ripe, we were there. We followed the herds in their annual migrations. We rejoiced in fresh meat. through stealth, feint, ambush, and main-force assault, a few of us cooperating accomplished what many of us, each hunting alone, could not. We depended on one another. Making it on our own was as ludicrous to imagine as was settling down."
Carl Sagan - Pale Blue Dot

vendredi 24 avril 2009

Printemps 2009 : constat de guerre froide

Deux personnages qui n'ont rien à voir entre eux, l'un, Umair Haque, Directeur du Havas Media Lab, anglophone, intellectuel nomade des NTIC, l'autre, Philippe Bilger, francophone, sédentaire humaniste, Avocat Général à la cour d'assises de Paris, arrivent au même constat, celui d'une nouvelle forme de guerre froide qui s'installe au sein des nations à base d'une grande divergence ou non-communication entre les puissants et non-puissants.
Ce que voit Umair Haque est une véritable inversion des valeurs dans la pratique. Un système de protection d'urgence, sur la garantie des générations futures ou du contribuable est mis en place, et assuré par la puissance publique aux financiers, aux banques, aux élites des conseils d'administration, etc. tandis que l'adaptation au marché et le support du fonctionnement capitalistique actuel avec toute ses incertitudes sont réservés au masses salariales, du simple employé au cadre supérieur. Le capitalisme pour les pauvres et le socialisme pour les riches.
J'espère que Philippe Bilger que je lis assidument me permettra de citer ce court extrait de son beau verbe. Allez lire l'article en entier, il mérite le détour.
"Le recours à la justice, dans une démocratie, me semble la sagesse même mais devant de tels épisodes où le désespoir social s'en donne à coeur joie et avec bonne conscience, je me demande si les remèdes traditionnels demeurent appropriés. Un monde déteste l'autre et leur communication est rompue. Cette donnée change tout. Comment réconcilier, apaiser ? Comment faire revenir la paix même armée de la République à la place de ce bout, de ce fragment, de ce morceau d'inconnu, d'étrangeté et de chaos ?"
Ce que voit Philippe Bilger, c'est l'installation du phénomène de guerre froide envisagé par Haque, du fait que ces deux mondes se regardent et sont arrivés au bout de leur détestation réciproque. Que nous ne sommes pas au point d'une révolution mais d'explosions joyeuses et chaotiques d'incivisme en série, nées du désespoir social, auxquelles l'Etat ne peut plus répondre que par des opérations tactiques de containment et non par la répression, car il n'aurait plus en main, en cas de sortie d'évènement irréversible, la clé du rétablissement du dialogue social, voire pire, celle de l'unité perdue du pays. L'épisode de la crise de mutisme ou d'impuissance avérée du principal syndicat patronal, plongé en pleine campagne électorale, et sévèrement adressée par Alain Minc lui-même, à certains égards, n'a pas non plus manqué de sel. 
Nous arrivons donc bien à un climat continu de défiance et d'hostilité cousu de multiples frictions successives qu'il faudra bien gérer individuellement et collectivement. Et pourtant cette guerre froide, même si elle devient un lieu commun dans les années qui vont suivre, ne pourra enrayer deux phénomènes qui commencent de s'enclencher : la prise de contrôle progressive des institutions économiques fondamentales par les Etats, car les Etats ne sauraient investir sans convoiter, prendre et assumer leur nouvelle part de pouvoir et de responsabilité, et d'un autre côté, l'ajustement psychologique de leur consommation par les individus et les familles tout en faisant éclore de nouvelles stratégies de vie et de développement personnel. Inutile de dire, que nous assisterons nécessairement à l'effondrement de la société de consommation telle que nous la connaissons ainsi qu'à une remise en cause du fonctionnement du secteur publicitaire et médiatique tel que nous le quittons.
Et c'est à ce signal que les politiques de demain disposeront de leur fenêtre d'opportunité pour opérer une jonction, c'est à dire faire preuve d'imagination pour réconcilier les étages de la société en créant de nouvelles formes institutionnelles plus adaptées aux récentes technologies, n'ayant plus besoin d'amener ou de convaincre un cercle restreint d'intérêts privés à ses positions sociétales. 
Nul besoin de remettre en cause la liberté économique au niveau des communs, ce n'est pas un sujet à Grand Soir, mais il y aura là, peut-être, une nécessité de devoir rompre avec certaines habitudes de pensée démocratiques que nous qualifions de modernes en échange d'une redistribution des pouvoirs et des contrôles sur un nouveau mode de contrat citoyen qui intègrera de nouvelles formes de responsabilisation par le participatif.
Restons optimistes, ou rêvons encore, cela peut être une chance de régénération pour un système républicain français qui, malgré une expression solide et concrète, souffrait toujours de complexe d'infériorité face à un idéal démocratique post-culturel et post-traditionnel qui n'était pas le sien, idéal qui a, en dépit de toute ses promesses de bonheur insouciant et matériel, globalement failli devant l'humain.

Les taureaux qui se croient fins en politique

C'est idiot, toute la journée du jeudi, le Web et les médias viennent de fonctionner comme une superbe caisse de résonance pour la candidature UMP aux Européennes, et ceci grâce à la voix de ses plus grands détracteurs sur la Toile. et je trouve dommage que notre plus grand blogueur se prête au manque de réflexion pour donner de l'ampleur à un buzz médiatique qui se révèlera équivoque dans ses résultats.
La machine à perdre pour la gauche est en marche, et celle-ci semble hors de portée de Martine Aubry et des dirigeants du PS, car elle est tout simplement bêtement militante, version 1.0, et je ne crois pas qu'ils ont barre sur des militants plongés dans un affect décalé du commun. 
La reprise de la méthode Coué de l'anti-Sarkozysme, sera transformée pour l'occasion en anti-Datisme, et manquera son but, ceci parce qu'il ne faut jamais faire en politique de son adversaire un point focal, être le point focal des médias c'est avoir potentialité de leader. 
Il suffit de voir avec quelle élégance Barack Obama s'est débarrassé de la logique de l'affrontement et a fait diversion lors des face à face avec ses concurrents successifs, laissant opérer son mythe, comme il a pris soin de choisir une stratégie assymétrique sur le terrain pour battre Hillary Clinton, et comment il a tenté par la suite de cultiver une image consensuelle, centriste, dégagée d'aspérité en attendant que le caractère impulsif de McCain ou que la désunion du camp républicain fassent le reste.
Le militantisme 1.0 sur la toile a en fait des effets contre-productifs, pourquoi ? 
Il identifie le combat politique à une guerre sans merci, et refuse de voir le terrain réel des électeurs, qui ne sont pas adressés avec le respect nécessaire, car leur avis est soit à mépriser, soit à être retourné, au mieux par l'imposition du ridicule ou de la peur.
Il se met en colère contre toute proposition qui ne rencontre pas son envie castratrice, et ne peut donc agréger ceux qui seraient des renforts annexes potentiels, car ils les aura méprisé au passage.
Le militantisme 1.0 projette une image de propagande inspirée des anciens médias dans un espace où ce genre de mécanique n'a jamais fonctionné.
Le danger d'Internet est qu'on se prête à ignorer plus facilement les silencieux lecteurs, car en effet ces derniers ne se manifestent pas, mais ils sont bien plus nombreux et leur actions ou réactions seront une réponse dans la réalité, et la réalité c'est le résultat final, dans les isoloirs.
Le militantisme 1.0 c'est l'Attila du Réseau, rien ne repousse après, aucun consensus large, aucune communion d'esprit, aucun débat d'où peut émerger une diversité d'opinions, le choix de son agenda n'étant pas réfléchi puisque réduit aux opportunités de buzz destructeurs : il fait donc fuir ceux qui ne veulent affronter la polémique stérile, et insensiblement donne la vedette à l'opposant, sans que ce dernier n'ait à prendre la parole.
Le militantisme 1.0 est obsolète, il n'est ni constructif ni tolérant là où il devrait l'être face à un public lettré, il accumule les figures de combat qui ne sont pas la tasse de thé de la majorité des électeurs qui se passionnent pour l'Assemblée strasbourgeoise, et tout naturellement, le clivage qu'il décide de figer va entraîner la nette victoire des listes UMP aux Européennes.
Puis à bien d'autres élections encore si le PS ne sait orienter l'action d'ensemble de ses soutiens, car un simple chiffon rouge suffira à agiter ces taureaux, qui privilégient leur puissance à la direction de leurs pensées.
Ce n'est pas la lame qui rentre dans la nuque du fier animal, c'est ce qu'il lui reste de force qui l'achève. 

[ajout à 13:05 - et voilà, Jacques Barrot vient défendre Rachida Dati en confirmant la version de la ministre de la justice et ajoutant avoir été "stupéfié en lisant et en écoutant certains commentaires." Il semble donc que l'UMP a trouvé son porte-drapeau à défendre pour la campagne, sans avoir eu besoin de progresser de quelque manière sur le terrain des idées. Et pour rendre le tableau encore moins rose, il s'agit d'une des personnalités politiques les plus appréciées
Première passe de la campagne gagnée par l'UMP, qui a trouvé son emblème, nul doute que pour les interventions médias, Rachida Dati sera extrêmement bien préparée, elle est devenue en une journée une vedette de ces élections européennes, et ceci grâce au flair infaillible de ceux qui lui en veulent tant. ]

mercredi 22 avril 2009

NKM, nouvelle prêtrise politique pour le futur

Etant donné ses déboires dans l'univers serré et très compétitif d'un gouvernement national, où pour l'instant tout porte à croire que le corollaire de Peter et la loi de Dilbert l'ont conjointement atteinte, Nathalie Kosciusko-Morizet se cherche une différence sensible, capable de se faire aimer massivement et médiatiquement à l'égal de sa consoeur Ministre de la Justice et puis de celle qui a, la première, ouvert sa féminité comme un défi sur Paris-Match, avec le succès que l'on connaît : Ségolène Royal.
Là nous avons un choix qui veut faire sentir son "effacé", celui de Facebook, univers aux couleurs gentiment microsoftiennes, corporate, sans grande originalité, très généralement réservé aux adolescents de l'autre côté de l'Atlantique. 
Ce qui est amusant, c'est qu'il a fallu que je lise une brève du Figaro pour être au courant de la nouvelle que NKM nous propose, c'est dire le travail qui reste encore à Facebook pour proposer une architecture qui aille au-delà de la production du narcissisme en ligne, le communautaire y demeurant très largement un prétexte à la mise en valeur adolescente de l'utilisateur. 
Je vous laisse deviner le contenu de ce genre d'annonce qui appartient malheureusement désormais autant au travail du journaliste politique que celui du people.
Le texte est très enjôleur et écrit avec justesse pour l'impact désiré, comme si elle livrait la primeur de sa révélation à ses ami(e)s ayant refusé de livrer l'annonce à des journalistes relativement inconvenants qui proposent un deal en échange de l'annonce : finalement de grossiers personnages ressemblant à des hommes car "les hommes peuvent avoir du mal à comprendre, mais il n'y a qu'une seule exclusivité, et c'est la mère qui la tient..." - encore du grain à moudre pour un heureux Zemmour de passage.
Non bien sûr, NKM n'est pas de celles-là qui s'affichent et font un coup publicitaire de leurs évènements personnels car elle a réservé en toute intimité au cercle ses 4983 amis Facebookiens et bien plus car son profil est ouvert à tous, l'exclusivité de son annonce.
Voilà pour un bel exercice au final de mise en scène de la confidentialité en milieu politique national.

[ajout : Je ne l'ai pas dit sauf dans le titre de l'article, il faut bien comprendre le fait que nous reconnaissons ici une nouveauté de la politique française : l'expression de la fausse confidentialité, de l'intime public, le mode du prêtre évangéliste toutes caméras dehors. NKM suit en celà SR. ]
Autre  passage du billet, qui est très symptomatique du bain communicationnel du politique actuel, c'est qu'elle se définit entre les lignes comme une personnalité glocale, c'est à dire que si elle va chercher les idées pour l'action de son ministère aux Etats-Unis (exemples et contenus qui lui auraient pu être livré par n'importe quel veilleur technologique de l'Etat Français) elle continue de diriger les importantes affaires de sa Mairie à distance, par téléphone. 
En fait, l'image que les agences de communication souhaitent à leur client politique pour impressionner le peuple, c'est aussi d'offrir une vision droite sortie d'un film de la suite des "Matrix".
Donner l'impression d'ubiquité, d'être présent en permanence et en transparence sur tous les terrains, d'agir sur tout le spectre, du local à l'international en passant par le national, et de savoir faire fonctionner ses logiciels internes politiques en simultané.
Cela peut donner le résultat suivant du plus haut comique, comment lors d'une visite d'une communauté agraire en Chine surgira une nouvelle idée pour améliorer directement par un coup d'Iphone à son service voirie dans la Creuse, les parterres de fleurs qui unissent l'espace de la Mairie à celui de l'Eglise. 
Non, ne cherchez pas à calculer combien ce déplacement a coûté au contribuable, et surtout si les moyens adéquats avaient été mis en oeuvre (veille technologique au ministère, entretiens téléphoniques ou vidéo conférence) quelle signature carbone supplémentaire aurait aussi pu être évitée pour la population mondiale. Hélas, tout ceci est moins spectaculaire pour l'image même si plus concentré et plus efficace au final.
Un Etat modeste mais néammoins efficace, l'apprentissage du non-cumul - qui est aussi à l'origine des écarts de statuts rongeant de mépris réciproques la société Française - voilà ce qui laisse à désirer, dans l'attente de nouveaux dirigeants ou que ceux-ci ou leurs successeurs soient un jour éclairés enfin par la réalité, le bon sens et l'usage exemplaire des technologies.

L'arrivée en ligne des bons gros toutous

Superbe exemple qu'ils vont faire irruption en ligne et en meute, Nicolas Vanbremeersch rédige un tweet (message de 140 caractères qui s'élabore sur Twitter) pour signaler la course du buzz de la vidéo du cartel Libertas (Villieristes aux élections Européennes) dans les grandes marques de la presse française. Après avoir pris en défaut Libération, l'Express est le deuxième sur la liste.
Lorsqu'un rédacteur en chef de l'Express semble prendre la mouche et insulte vertement Nicolas Vanbremeersch (alias Versac) en ligne, lui conseillant d'apprendre à lire, ce qui dans la culture spécifique centrée autour de la langue française est faire montre de l'assurance du plus grand mépris. Suit une réponse point à point du blogueur sur Meilcour.fr.
Réaction disproportionnée du rédacteur en chef ? oui, et je crois que c'était voulu, car lorsqu'on manie le verbe pour blesser, on fait toujours la preuve d'une certaine malice sans pour autant obtenir brevet d'intelligence.
Si à la tête d'une organisation vous voulez dressez un obstacle aux critiques venant d'observateurs ou experts du Web, il n'est pas idiot parfois de combattre le feu avec le feu, sachant qu'une fois qu'en face l'invective répondra à l'invective volontairement initiée, la partie nulle sera en vue car l'affaire apparaîtra comme insipide et superficielle, donc enterrée aux yeux des observateurs passagers.
Je viens de traverser les articles du blog de ce rédacteur en chef de l'Express, Eric Mettout que je ne connaissais pas. D'après le ton polémique de ses billets, le fait que cela doit décoiffer en permanence, on dirait un peu le "Frédéric Lefèbvre" de l'Express - je n'ai rien contre Frédéric Lefèbvre, je prends seulement en compte son poste et ses obligations actuelles qui lui prêtent le mauvais rôle. 
C'est assez intéressant : je crois qu'on est en train d'ouvrir la voie à un nouveau type de poste dans chaque entreprise, le porte-flingue tout azimut pour la défense des intérêts de la marque sur la toile.
Ce qui est assez intelligent : s'il faut des paroles qui prêchent la bonne foi pourquoi ne pas en avoir une autre, spécialiste, elle, dans la manipulation de la mauvaise. Une parole qui sait portraiturer, faire peur avec sa plume trempée dans l'acide, ou bien enfoncer un débat dans la boue pour qu'il n'en ressorte plus.
Cela doit expliquer les titres volontairement provocateurs et à la limite de l'insulte de ses billets.
Bref, il faut savoir aboyer et aimer la caresse pour gagner ce nouveau job.
Ce blog semble se vouloir le lien de la rédaction de l'Express avec l'extérieur ou tout du moins le Web. 
Promontoire idéal pour la défense pied à pied ou l'attaque.
On oubliera au passage que l'entreprise, sciemment, donne la parole à l'un de ses cadres pour mépriser ouvertement le client et tirer à vue. Mais tous les secteurs industriels aujourd'hui en crise et en difficulté, n'ont-ils pas tous tenu en dédain leur clientèle pour en arriver là ? sinon, ils se porteraient mieux. Là où l'on peut s'interroger, c'est évidemment sur le choix qui est fait entre la nécessaire pérennité de la marque en ligne et la défense agressive à court terme vis-à-vis du client. Privilégier la seconde par rapport à la première est forcément le choix risqué même s'il apparaît flatteur aux yeux de ses collègues et amis.
Nous avons connu cela aussi en matière de communication dans la vie réelle, les bon gros toutous qui savent mieux que personne surveiller le poulailler en échange d'un bonne pitance et d'une position particulière au sein de l'organisation, notamment les regards attentifs et attendris du maître.
Remontons plus loin encore avec La Fontaine lui-même qui savait que l'idée n'était pas renversante, mais pouvait faire le sujet d'une bonne fable.
Remplacez le loup par blogueur indépendant, et le chien par ceux qui occupent ce nouveau genre poste. Ensuite, laissez la musique construire son édifice.
Le loup et le chien
Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
" Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
" Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

jeudi 9 avril 2009

Hadopi 15 - Internet 21

Non, ce n'est pas le résultat d'un Angleterre-France au rugby. Les députés UMP n'étaient pas suffisamment présents lors du vote définitif de la loi Création et Internet, et deux députés de la majorité à la bonne et saine indépendance d'esprit - Jean Dionis du Séjour et Nicolas Dupont-Aignan - ont voté contre. 
Manque de mobilisation, le texte de la loi a été rejeté par 21 voix contre 15. Je ne regrette pas d'avoir envoyé comme beaucoup d'internautes un courriel à mon député, pourtant, au début de l'histoire Versac nous assurait la mort dans l'âme que l'Internet était hors cadre pour la réussite d'une constestation et que dans ces conditions, il ne fallait attendre aucun miracle, que les internautes sont incapables de s'organiser pour faire pression avec efficacité (sic).
Finalement, ce jour est à marquer d'une pierre blanche dans la démocratie française : la pression par courriel, lorsqu'elle apparaît sincère et massive aux élus, cela semble avoir des effets. Pourquoi donc les élus UMP ont-ils oublié d'apparaître pour la circonstance, alors qu'il s'agissait d'une promesse de la feuille de route présidentielle de Mr Sarkozy ?

Une action concrète en faveur de l'économie verte

Le maire de Londres, Boris Johnson, vient d'annoncer son intention de faire de sa ville la capitale européenne de la voiture électrique. Un projet d'introduction de 100.000 véhicules et de 25.000 points de chargement sur les places de stationnement. Un projet évalué à 66,5 millions d'Euros.
Surprenant, de la part d'un homme du parti conservateur, connu pour ses multiples excentricités l'ayant fait passer pour un clown aux yeux des tabloïdes anglais. En espérant que le projet se concrétise par le soutien de Gordon Brown, et que cela puisse inciter d'autres maires en Europe continentale à mettre au pied du mur leurs pouvoirs nationaux, en leur demandant d'habiller d'actions leurs discours.

mercredi 8 avril 2009

Intermède papal

Bon article d'Authueil sur la dernière attaque en vue contre le Pape Benoît XVI, qui démonte les procédés d'une certaine presse - Rue89, L'Express - qui a beau être un "pure player" mais fait preuve d'une capacité d'amalgame digne de ses ancêtres du journalisme papier.
Que dire de plus ? Il y a quelque temps Eolas avait montré le manque de profondeur d'analyse des médias sur les interventions du Pape en Afrique de l'Ouest.
Je pense sincèrement que le processus d'attaque systématique - ou lynchage, au choix - contre Benoît XVI doit continuer, que l'on déterre le maximum d'affaires collatérales, après tout laissons faire la liberté d'expression, car contrairement à certaines de ses cousines plongées dans le même respect de l'unicité d'un Dieu, nous voyons tous que l'Eglise Catholique accepte de se soumettre à la critique même pavlovienne, sans réveiller en elle le désir de censure ou de procès.

lundi 6 avril 2009

Technologie et, accessoirement, démocratie

La technologie ne guide pas le résultat. C'est prendre le problème dans le sens inverse. L'une des caractéristiques de la technologie est d'être plastique, c'est à dire qu'elle doit prendre la forme de ce que nous en exigeons.
Nous avons souvent l'impression que la technologie nous contraint, car nous sortons d'un moment (1985-95) qui a démocratisé l'acccès à des ordinateurs individuels qui communiquaient difficilement et souvent étaient conçus comme des boîtes noires qui répondaient à des tâches quasi-ménagères : taper son CV, lire son CD, faire de jolis dessins, jouer, etc. L'aboutissement de ce modèle fermé et marketé, "lisse au toucher avec des formes pures", avec un feel et un look hitech était et est toujours le modèle Apple,  copié imparfaitement par les différentes versions de Windows. C'était une technologie appliquée, mais qui ne transformait pas, comme les réseaux d'aujourd'hui, l'utilisateur en conscience mais continuait et continue de le pousser dans la consommation pure.
A d'autres niveaux d'élaboration, moins directement marchands, ce schéma ne se vérifie plus, les soucis utilitariste et esthétiques s'investissant dans des facteurs beaucoup plus essentiels que l'apparence ou la consommation. 
Prenons l'exemple d'Internet que l'on peut réduire à deux concepts technologiques qui se sont révélés disruptifs et viraux puisque nous en constatons le succès : les protocoles TCP/IP et l'invention des sockets réseaux. L'idée de ce protocole était de pouvoir acheminer de manière fiable les paquets échangés entre les ordinateurs situés aux extrémités du réseau. Le concept de socket est en fait une modélisation élégante avec ses fonctions basiques de ce qu'on peut attendre d'une interface réseau et a permis la connexion de tous.
On a donc établi une structure de réseau fiable avec un travail le plus léger en son centre pour acheminer l'information efficacement et rapidement entre les extrémités (principe end to end) et capable d'accueillir de manière ouverte tout type de configuration ordinateur/système opérationnel.
Est-ce que l'on pensait aux implications et portées sociales, commerciales, politiques ? Evidemment non, même si certains cherchent à vous le faire croire.
Un autre exemple est celui du World Wide Web, celui ci a été inventé par un des membres du  CERN pour que des utilisateurs scientifiques puissent dans le cadre de travaux qui faisaient évoluer rapidement la théorie, pouvoir publier et échanger leurs résultats et avancées sur des sites documentaires. 
Là encore, peut-on parler de ce qui est à l'origine de cette technologie d'une volonté de faire avancer le social, développer la presse, offrir des points d'entrées aux services commerciaux, renforcer la démocratie ? Non, le génie et la grande utilité du Web reste et restera encore longtemps celui de l'orientation documentaire, avec Wikipedia, et bientôt le flux de documents libres de droits qu'il accueillera suite au développement de l'auto-publication dans des formats ouverts, des projets de documentations universitaires complètes et au coût de l'impression pour les pays en voie de développement, le scan progressif de tous les ouvrages contenus dans les grandes bibliothèques mondiales.
Ces technologies grâce à leur adoption fulgurante ont induit des effets surprenants. Notamment, lorsque les micro-ordinateurs ont rencontré le réseau Internet, il ne pouvait se produire que ce qu'il s'est produit sans grande capacité offerte de discrimination par le design et les protocoles établis, on a offert la possiblité à tout un chacun de libérer sa création ou sa conscience, bref de participer dans ce vaste ensemble sans contrôle. Un des grands classiques du comique involontaire des micro-ordinateurs non-connectés était de faire croire que la création était possible, mais elle restait pauvre et sans public, comme un dessin d'art plié dans une boîte en carton.
Maintenant, en prenant en compte sa nature plastique, nous pouvons supposer que la technologie puisse aller un jour servir un maître puissant, que celui-ci soit un Etat ou une grande entreprise. Que le règne de cette liberté insouciante connaisse une fin ou que les normes provenant de cultures sociétales s'y établissent avec les réflexes de marginalisation et de contrôle de ce qui est admis ou non. C'est le sujet d'un livre assez pessimiste "Code is Law" de Lawrence Lessig. L'Internet sera voué tôt ou tard à sa phase de contrôle, mais cela sera surtout un problème politique où la capacité de comprendre et de faire comprendre technologiquement ce qui se passe sera primordiale pour la liberté à venir de chacun.
La technologie aussi est indifférente aux rapports de force, parfois dans le bon sens, d'autres fois dans le mauvais sens. C'est son côté titanesque.
Google n'a trouvé son utilité que dans l'explosion des documents à disposition sur le Web, qu'ils aillent du factuel le plus insipide à l'opinion la plus épicée. Sinon l'ancien système de bases de référence ou annuaire, vérifiés et travaillés à la main par des opérateurs comme ceux de Yahoo aurait continué à satisfaire le public. La neutralité de Google, que la presse et autres gouvernements, voudraient corrompre à leur bénéfice, n'est pas un bien précieux pour le public, c'est la seule manière de justifier son existence pour le moteur de recherche de rendre compte de la diversité du Web, vouloir changer cette neutralité algorithmique pour mettre en avant les sites de mêmes marques et institutions reviendrait au système Yahoo qui a disparu et remettrait en cause le pourquoi et la nécessité de Google.
La mauvaise part ou l'ironie involontaire de cette ignorance du rapport de force, touche les industries culturelles, qui ont eu bien peu de flair jusqu'ici pour se faire un ami du Réseau. 
Nous avons sous les yeux le résultat, non d'une volonté technologique d'écarter les acteurs économiques, mais d'intentions de la part de ces mêmes acteurs économiques qui avaient pour méthode de transposer en ligne les paradigmes de la société industrielle. Avec les désastres annoncés que l'on connaît. Ils auraient du se méfier et anticiper et s'adapter à l'expression concrète de nouveautés qui n'avaient pas été pensées à l'origine pour protéger leurs affaires.
Il est bien périlleux d'associer démocratie et technologie, surtout que lorsque l'on parle de démocratie, on fait assez peu référence d'une part aux origines de celle-ci et que d'autre part, il existe une variété de systèmes politiques qui ne sont pas des démocraties mais peuvent rendre compte de l'expérience d'une société décente pour tous.
Ce concept de société décente, je l'aime bien, car il y a bien une faille de taille dans ce système que nous quittons : qu'est ce qui nous empêche de rester en démocratie et de continuer de piller les ressources de la planète ? Rien.
Rien dans la démocratie pour nous assurer de la perte d'équilibre du monde en matière écologique, aucune sensation de dette ni physique ni morale par rapport aux générations futures, pas de scrupule pour faire perdre le sens du réel en transformant le citoyen en surconsommateur qui ne pourra que se conduire au bout de sa fustration et de son malheur, et que dire de la faillite récente des élites qui regimbent à présent au progrès et à sa compréhension du fait que celui-ci les déshabille de leur autorité et de leur pouvoir de prescription ?
Ce que l'on apperçoit de la technologie, c'est qu'elle peut intervenir aux côtés de la démocratie, mais elle n'est pas une alliée naturelle de tel ou tel système politique, elle permet de transformer les comportements dans un sens qui rend la société plus ouverte ou plus transparente, en tout cas meilleure, pour rester modeste, supportable.

L'âme du Web : le document

Le Web a été conçu pour le document, une alliance contenu, format et lien (ou adresse, c'est la même chose) c'est le socle sur lequel il repose. Nos esprits ne sont pas seulement reliés à ceux de nos contemporains par leur présence directe, mais aussi par les traces qu'ils délivrent. C'est la première des notions auxquelles doit s'attacher un individu, un groupe ou une organisation, lorsqu'ils souhaitent bâtir une présence sur le Web. Car nous assistons à un mouvement de dématérialisation des supports que l'on ne peut freiner, même si certaines professions gardent l'obligation légale des archives papiers.
Le document objet commence à être vécu comme un encombrement. Premièrement dans sa représentation physique, livre, CD, DVD, Documentation d'entreprise cerclée de plastique, ce qui implique autant d'armoire poussiéreuse, de sacs volumineux, de charges à porter, finalement de dos brisés, et je ne vais pas citer la signature carbone que cela implique pour la planète. Deuxièmement, l'application stricte de la fermeture du document avec le copyright, suppose une barrière à l'amélioration ou à la diffusion du document, et le rend encombrant ou inconfortable à sa propagation.
La réponse extrême à l'encombrement physique, c'est une logique documentaire sur le Web, qui ne s'embarrasse pas de cohérence autre que le catalogue ou la mise à disposition de données brutes indexées ou repérées comme on le voudra pour qu'une recherche soit possible. Ce qui est surprenant c'est qu'il n'est pas besoin de s'y poser la question initiale de l'apport au monde de ces documents, informations ou interventions, la diversité du public y trouvera son intérêt. L'application ultime de cette logique est Twitter, c'est à dire que même la fouille dans le magma absolu des confidences et murmures de clavier produits dans le monde a une pertinence, sans pour autant avoir l'impression d'une organisation préalable. On me répliquera que les tweets qui sont des messages de 140 caractères au plus, n'ont pas l'allure de documents, mais je crois qu'ils le sont : vous avez, comme partout ailleurs sur la toile, des données qui tiennent lieu de contenu, un repérage par lien, et un format électronique qui doit précéder l'affichage de celui-ci.
Avec l'encombrement virtuel causé par la fermeture au niveau de la licence ou des droits, certains parlent de la réponse sociale, où plutôt la forme Wiki ou n'importe quel autre système permettant par collaboration ouverte de rendre compte des évolutions ou régressions de la connaissance, car je ne suis pas sûr que le terme social soit un bon emprunt pour la situation. On peut parler de communautés, mais existe-t-il réellement une communauté globale ?
Un exemple : le membre actif de Wikipédia souvent ne partage rien avec les autres membres, ils sont tous reliés par les mêmes règles de façon indirecte, qui sont en grande part centrées sur la manière d'atteindre l'objectif qui est celui d'un article d'encyclopédie. La grande efficacité de Wikipedia est son point d'entrée léger (quelques secondes de votre temps) et sans contrainte (anonymat)  et qu'une fois l'objectif d'une page stable atteinte, le groupe de participants peut se dissoudre pour se reconstruire différemment ailleurs.
C'est une expérience nouvelle comme tant d'autres naissent sur le Web. Il faut donc regarder avec une certaine défiance des termes tels que le Web social ou communautaire,  car derrière la vue et la définition des termes "social" ou "communauté", il existe beaucoup d'apriori ou de sous-entendus qui ne revêtent aucune importance ou fonction dans les expériences sur l'Internet ou sur le Web. Comme souvent, le plus grand facteur d'échec ou d'erreur de commnication sur le Réseau est de chercher à y importer ses propres pratiques et enseignements tirés du réel.

mercredi 1 avril 2009

Un Obama pile et un Obama face

Excellent suivi global des enjeux du G20 par le site dedefensa.org. On peut faire pire en se confiant à un article par ci ou par là picoré.
D'un superbe billet sur la remise en question de l'hégémonie du dollar par les autorités chinoises, qu'il faut lire et relire, je vous livre le passage suivant qui résume l'ambigüité actuelle d'Obama et de son administration.
"Il y a une espèce de dichotomie antagoniste entre l’équipe de sécurité nationale d’Obama, dont Obama serait plus proche par l’état d’esprit, et son équipe économique, notamment Summers (surtout) et Geithner. D’une façon plus générale, il apparaît plus difficile à la psychologie américaniste d’envisager, encore moins d’accepter une modification au rôle du dollar, une simple adaptation relative de sa puissance, un passage à une hégémonie partagée pour installer une certaine stabilité dans le système, qu’une réduction de son hégémonie militaire et de son influence politique, d’ores et déjà en cours d’exécution. Si l’on veut, il serait plus facile de réduire les ambitions du complexe militaro-industriel que celles de Wall Street."
Premier couac d'Obama, relevé par Umair Haque, qui note le traitement différent de la crise entre la finance respectée dans son autonomie, et le secteur automobile mis abruptement sous tutelle. Deux poids, deux mesures, car une fois encore, c'est l'économie réelle qui doit obéir, la finance trouvant pour l'instant un relais superbe au sein de l'administration américaine.
Les préoccupations de l'Europe continentale ainsi que celles de la Chine sont plus orientées sur les investissements et l'augmentation des contrôles sur le secteur financier, donc de la possibilité d'utiliser la crise pour opérer un changement de nos habitudes et cultures, c'est une orientation politique.
Obama semble ne pas avoir encore pris la mesure de l'étendue de la révolution des esprits à laquelle nous assistons, puisqu'il semble continuer, pour des raisons de crédibilité interne, de donner un supplément de vie à cet ancien monde où l'hégémonie financière anglo-saxonne dictait la manière de penser.
Pour l'instant ce n'est pas "yes, we can" mais "no, we will not."